Vendredi 10 avril - camp de Aïda / Al-Rowwad Center

mardi 5 janvier 2010
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Au menu aujourd’hui, interview de Mustapha qui réapparaît pour notre plus grand plaisir, après une absence de 3 jours pendant lesquels il a étudié (de nuit) et présenté des examens (de jour)...

Nous en profitons pour le faire parler de l’école : "En Palestine, nous dit-il, il y a un réel problème en ce qui concerne l’école. Les classes sont surpeuplées : il y a entre 30 et 40 élèves par classe, le plus souvent 40, ce qui fait que c’est vraiment difficile de travailler, mais la plupart des jeunes ici aiment et veulent apprendre parce qu’ils savent que c’est la seule manière pour eux de se construire un avenir. La situation dans laquelle ils vivent aujourd’hui, la situation économique, tout est mauvaise, mais,malgré tout, ils croient que leur avenir sera meilleur, ils veulent en tout cas pouvoir le construire"...

Moustapha, Mazen et Jamal (que nous interviewons ensuite) nous font l’honneur d’une nouvelle petite démonstration de leur talent de rappeurs. Le fait est que nous sommes de plus en plus fans !...

Mazen - Jamal - Moustapha 1
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Mazen - Jamal - Moustapha 2
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Cette fois, c’est Samira (30 ans, responsable de l’administration du Centre avec Oussama, Marwa et Salam) qui a assuré la traduction des interviews, malgré tout le travail qu’elle a à faire et l’excitation ambiante : c’est, en effet, aujourd’hui l’inauguration de l’exposition de photos prises par les jeunes de l’atelier "Images for Life" et il y a pas mal de stress dans l’air ! Cette inauguration fait partie de tout un programme de réjouissances organisées dans le cadre du choix de Jérusalem comme "ville culturelle de l’an 2009". Il y aura du monde, du beau monde même, et il s’agit d’être prêts !


Nous remercions Samira et descendons travailler avec l’équipe d’"Images for Life", dont font partie nos rappeurs qui sont décidément sur tous les fronts !... Ils sont à la fois très fiers et très intimidés de nous voir admirer leur travail. Les photos sont vraiment très belles, très fortes. Elles disent le quotidien des Palestiniens tel que les adolescents du camp, du haut de leur jeunesse le voient et le vivent. A Côté de leurs oeuvres, il y a un portrait des jeunes photographes qui, pour chacune des photos, se sont fendus d’un commentaire, souvent poétique, toujours coup de poing. Emotion, émotion...
Malgré tout ce qu’il y a encore à faire, Mourad nous explique la philosophie de cet atelier qui existe depuis avril 2006 et forme des jeunes (et moins jeunes) à la photo et à la production de films-vidéos : "Il s’agit, comme dans tous les ateliers organisés par Al-Rowwad, d’encourager et de donner aux gens du camp les moyens de mener une "Beautiful Resistance", en réponse à l’occupation israélienne. "Images for Life" permet à tous ceux que la photo intéresse de mettre en lumière les caractéristiques de notre lutte pour la justice et la liberté, tout en exposant les différents aspects de la vie quotidienne des Palestiniens des camps".

Une fois encore, nous nous rendons compte que rien n’est laissé au hasard mais que tout ici a été soigneusement réfléchi et construit. Cela nous laisse admiratifs et rêveurs... Quid de la qualité des choses dans notre petit pays en paix ?...

Quelques heures plus tard, c’est l’inauguration, grand moment attendu par tous les jeunes artistes dont les oeuvres vont affronter le regard du public... Pas évident !... Les invités (dont certains sont venus de France), parents amis et voisins des jeunes, vont et viennent entre les photos, seul ou par deux, silencieux pour la plupart, ou un peu trop bavards : ils partagent leur fierté, leur peine, leur amour dans tous les cas de leur terre, de leur culture... Chaque image, chaque couleur, chaque regard les remue jusqu’au plus profond de leur être...

Quelques discours officiels ( historique du projet et remerciements à tous ceux, d’ici et de France qui y ont cru et ont apporté leur soutien.

Puis c’est la remise de diplômes à tous les jeunes qui ont fini la formation, le verre de l’amitié, la vraie... Emotions, félicitations, émotions encore...

Prix
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Ecouter des extraits des discours et de la remise des diplômes


Au soir, nous redescendons avec nos "fidèles" retrouver un peu de calme à la Guest House : préparation du repas, jeu de cartes, jeu d’échec, guitare et Ribal, heureux que l’expo soit un succès, se lâche un peu, sourit, puis rit franchement : il se sent prêt pour l’interview... Il n’a pas à nous le dire deux fois : caméra et enregistreur sont branchés en un instant et nous l’écoutons. Il parle très vite et entre ses dents, mais nous n’en ratons pas un mot.

Ribal n’a que 19 ans mais il est déjà tellement sérieux. Trop, comme tous ces jeunes qui n’ont pas eu d’enfance... Il nous parle de la naissance du Centre Al-Rowwad et de la Beautiful Resistance, de son engagement dans les différentes activités, dont et surtout la Troupe de Théâtre : "L’idée première du centre Al-Rowwad c’était de faire connaître la situation en Palestine via le théâtre… Si je vais parler de notre situation en Autriche, en France ou ailleurs, les gens diront peut-être qu’ils sont d’accord avec moi, ou pas, qu’ils sont du côté d’Israël. Mais si on fait en sorte qu’ils ressentent les choses, au travers du théâtre et de la danse, ils parviendront tous à comprendre ce qui se passe en Palestine… "

Faire le choix de la culture parce que la défense armée n’a rien donné, ne donnera plus rien : "Parce que : qui soutient la Palestine avec des armes ? L’Iran ? Les pays arabes ? Plus personne, tout le monde a filé, tandis qu’Israël a le soutien de tout le monde : l’Europe, les USA... Vous pouvez le voir tous les jours à la télévision. Ils ont pour eux les tanks, les hélicoptères, les lois, de nouveaux fusils, la nouvelle technologie… Nous n’avons que ça, parler à tout le monde de la Palestine, faire de la « Beautiful Resistance »… Parce que si je jette des pierres, personne ne m’écoutera. Si j’ai un fusil, tout le monde dira que je suis un terroriste, ce qui sera vrai. Ou alors, je serai jeté en prison… Tandis que si je fais de la culture, pas de problème avec Israël. Enfin, pas pour le moment. Parce qu’il y aura sans doute un moment où ils nous auront trop vus, et alors peut-être qu’ils nous arrêteront et nous jetteront en prison. Je ne sais pas… La dernière fois que j’ai parlé avec un soldat israélien au checkpoint de Jéricho, il m’a dit : « Tu ne vas pas pouvoir continuer encore pendant 100 ans à parler de la situation, à faire du théâtre et de la danse. On ne va pas te laisser faire »… Peut-être qu’un jour on subira tellement de pressions de la part d’Israël par rapport à notre « Beautiful Resistance » qu’on devra arrêter le théâtre, la danse…"

Son rapport avec les Juifs ? : "Il y a des dirigeants qui parlent de créer 2 pays, un pour les Palestiniens, l’autre pour les Israéliens. Mais pourquoi 2 pays ?… C’est la Palestine ! Des occupants arrivent et ils diraient aux Palestiniens, gardez un morceau, nous prenons l’autre ?… Il n’y a pas de problèmes si les Juifs veulent rester dans ce petit pays, la Palestine, OK, pas de problèmes… Sachez que nous, les Palestiniens musulmans, n’avons pas de problèmes avec les Juifs, contrairement à ce que les gens pensent. Quand j’étais en France, j’ai logé dans une famille juive et nous avons parlé de la situation. Même chose lorsque je suis allé aux USA, et ces Juifs étaient adorables… Mais on a un problème avec les Israéliens qui sont venus ici". Et il dit les soucis, vexations, menaces à peine déguisées que les Palestiniens endurent de la part des soldats et de l’administration israélienne, la surveillance constante dont ils font l’objet :"Ils savent tout de moi, ce que j’ai fait hier, ce que je ferai demain", et l’impossibilité de circuler librement, ce mur, tous ces checkpoints et contrôles qui empoisonnent la vie : "Par exemple, moi, on me fait constamment des problèmes au checkpoint : parfois, je ne peux pas aller présenter un examen, ou assister aux cours, parce que les soldats israéliens me confisquent ma carte d’identité et puis s’en vont, et je dois rester là, à attendre pendant 3 ou 4 heures qu’ils se décident à me la rendre. A d’autres moments, le checkpoint est tout simplement fermé, ce qui signifie que personne ne peut passer et aller à l’université ou ailleurs."

Ribal soupire : "On m’a proposé de jouer devant des enfants en Israël, mais j’ai refusé. On m’a dit, pourquoi tu refuses, ce sont des enfants, ils n’ont que 9 ans ! Et j’ai répondu, quand ils auront 15 ou 17 ans, ils entreront dans l’armée pour faire leur service obligatoire, et ils auront un fusil et pourront tuer quelqu’un, peut-être un de mes amis… Ces enfants israéliens, j’en suis sûr, vont inviter des enfants de Palestine, du Liban, de Jordanie et discuter de paix avec eux, mais qui sait si, plus tard, ils ne leur feront pas la guerre ?…C’est le problème… Et c’est pour cela que nous croyons à la « Beautiful Resistance », faire vivre notre culture plutôt que de jeter des pierres ou utiliser des fusils…"

Il nous parle des études de droit qu’il fait dans le but de s’outiller au mieux pour défendre les droits de son peuple : "J’ai décidé d’étudier le droit pour plusieurs raisons. J’avais d’abord pensé étudier la politique mais je me suis dit qu’ensuite, je ne pourrais travailler que dans ce domaine. Je me suis tourné vers le droit pour pouvoir travailler sur la situation des Palestiniens et de la Palestine du point de vue juridique, du point de vue des lois internationales. Parce que nous avons besoin de ces lois internationales en Palestine : il n’y a, en effet, aucune loi ici qui soutienne ou défende les Palestiniens, qui dise aux Israéliens qu’ils ont tort, que ce pays appartient aux Palestiniens et non aux Israéliens…"

"Croyez-moi, les Palestiniens ne sont pas des terroristes. Ils ont une vie tellement normale, dans laquelle il ne se passe rien : ils se réveillent et vont au centre, ou jusqu’au mur, ou à l’école, c’est tout ce qu’ils ont, ils ne construisent pas de nouveaux tanks, de nouveaux hélicoptères… C’est la différence !…"

Ribal nous dit très clairement ce qu’il aimerait que nous fassions une fois de retour en Belgique : "Ici, pour nous, en Palestine, c’est difficile de changer la situation… Mais vous qui venez en Palestine, lorsque vous rentrez chez vous, racontez ce qui se passe vraiment ici, parlez de la situation telle qu’elle est… Notre problème est que les journalistes, la presse, le monde entier est avec les Israéliens, et nous ne pouvons rien y faire parce que les Israéliens contrôlent tout. Nous n’avons pas besoin d’argent, nous avons tout ce qu’il nous faut, nous vivons bien. Mais nous avons besoin de liberté et de justice… Demain, je voudrais pouvoir aller à l’université sans être arrêté au checkpoint. je voudrais pouvoir sortir de Palestine sans devoir passer par tous ces checkpoints, je voudrais pouvoir faire des choses sans avoir toujours à en demander la permission à Israël...."

Et puis il s’adresse à Théodore, le benjamin du groupe, 15 ans, qui est à la fois furieux et désolé de se sentir si impuissant face à tout ce qu’il y aurait à faire : "Bien sûr, comme tu le disais hier, tu ne peux rien faire pour changer l’état actuel des choses, mais plus tard, tu pourras, grâce à tes études. Moi, je suis convaincu que les études, que ce soit le théâtre, la politique, ou d’autres choses encore te donneront des outils pour parler de la situation en Palestine, parler de justice. Pas seulement en Palestine. Tu pourras faire quelque chose pour qu’il y ait plus de justice, plus de liberté pour tous les gens qui, ici en Palestine ou ailleurs, vivent sous occupation… "

Ribal n’a que 19 ans, mais il émane de lui une énergie, une rage d’agir incroyable. Beaucoup de tristesse aussi, même s’il ne voudrait jamais l’admettre. C’est impressionnant de voir ce que la vie a fait de lui. Nous sommes à la fois terriblement désolés et pleins d’admiration pour lui...

Lire/Ecouter l’interview complète de Ribal

Une corde pincée, un petit rythme tapoté sur la table, et tout doucement, le silence d’après le choc se remplit de musique et de chansons qui scellent un autre jour en compagnie de nos amis palestiniens de Aïda.

Ummi adapted
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Documents joints

The band
The band
Gaza - Houna dikoum
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