Jeudi 16 avril 2009 - Tel Aviv / Jaffa

samedi 9 janvier 2010
popularité : 17%

Matinée à Jaffa pour les plus de 25 ans, brocante et crème glace : on y recroise Jésus et Madeleine ! Incroyable mais vrai.

Tout en déambulant dans les rues et parmi les échoppes, Anne-Claire et Laetitia ne peuvent s’empêcher de placer, ici et là dans Jaffa, les autocollants qur Daoud nous a laissés : "Je suis un Palestinien de Jérusalem, et je suis fier de ne pas avoir participé à l’occupation." et "Free Palestine". Combien de temps resteront-ils en place, qui les lira, qui cela interpellera-t-il ? Petits actes de sédition sans grand courage ni grande portée sans doute...

Achat du pique-nique pour le voyage et, pour les contrôles à l’aéroport, mise au point d’un programme de nos "15 jours en Israël" qui ne mentionne ni le camp de Aïda ni notre visite à Naplouse : que des choses acceptables, Jérusalem et le Mur des Lamentations, Bethléem et la Nativity Church, Hébron et le tombeau des Patriarches, Jaffa et son marché aux puces, Tel Aviv, sa place et son musée sur la Haganah ...

Pendant ce temps, les moins de 25 ans goûtent la Plage de Tel Aviv : plus de 3 heures à parler de tout et de rien... Petit tour dans un bar, on commande à boire et on joue aux cartes... détente...

Nous nous retrouvons pour le repas de midi. Autre quartier, autre ambiance : Tanguy nous emmène dans un endroit recommandé par son guide "Lonely Planet". Comme toujours, nous lui faisons une absolue confiance et avons mille fois raison.

Nous déjeunons à la terrasse du café Tamar dans la rue Sheinken où, depuis plus de cinquante ans maintenant, Sarah Stern, dame juive qui nous semble sortie tout droit d’un film, sert (en chaussettes) de délicieux demi-bagels au fromage et qui posera pour nous, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.


Ensuite, visite du centre de Tel-Aviv : balade au sud de la place Magen David parmi les immeubles style Bauhaus, le marché du Carmel, la Shalom Tower, le Boulevard Rotschild et visite du Musée de la Haganah, consacré, comme son nom l’indique, à l’histoire de la Haganah, organisation militaire israélienne, de ses débuts avec le Hashomer (1909) à sa participation dans la guerre de l’indépendance de 1948. "La Haganah a été, nous dit-on, essentiellement mise sur pied pour protéger les fermiers juifs contre les attaques fréquentes des Arabes". Quant à savoir qui sont ces "Arabes", et d’où venaient ces "fermiers juifs", aucune information...

Nous passons d’une pièce à l’autre et sommes de plus en plus surpris par la présence de nombreux militaires dans le musée, tous très jeunes. Ce pourrait être un groupe d’élèves de secondaire, un peu bruyants, impatients,... Sauf qu’ils sont dans l’armée et portent leurs armes sur eux, (fusils d’assaut M16 et gourdins). C’est vraiment un choc : essayez donc de vous concentrer sur les objets exposés et panneaux explicatifs en ayant des dizaines de jeunes mitraillette au poing autour de vous !... Cela nous paraît tellement irréel qu’ils puissent circuler armés dans le musée, au milieu de familles et d’enfants, c’est tellement invraisemblable qu’on ne leur ait pas demandé de laisser leurs armes au vestiaire. !... Eux, en tout cas, ont l’air de trouver cela tout à fait normal. Ils sont, c’est évident, pleinement conscients des coups d’oeil que nous jetons à leurs armes et bottines de combat, et de l’impression qu’ils font sur les "civils". Une fois leur visite terminée, ils iront s’asseoir ou se coucher sur le terre-plein devant le musée, où ils pique-niqueront joyeusement, riant, criant, se racontant des blagues, parfaitement détendus et contents d’eux-mêmes, mais toujours armés...

Le bâtiment à quatre niveaux du musée est situé à côté de la maison d’Eliyahu Golomb, ancien général de l’organisation. Une visite au troisième étage nous donne une idée de la tactique employée par les soldats israéliens pour cacher leurs armes aux Anglais, et de l’atelier dans lequel les soldats fabriquaient des grenades de pistolet et de main. On nous apprend qu’à côté des expositions d’objets et de photos, le musée édite également des livres et des journaux et organise des conférences (des "programmes de développement" pour des écoliers)... En effet...

Avant de quitter le musée, nous sommes conviés à assister à la projection d’un "documentaire" sur l’histoire d’Israël (du judéocide à l’engagement des jeunes dans l’armée). Une fois encore, nous n’en croyons ni nos yeux ni nos oreilles : ce film incroyable n’est en fait qu’une publicité, un appel aux jeunes à s’enrôler dans l’armée laquelle est, bien sûr, idéalisée et, bien sûr aussi, consacrée entièrement à la défense de la sécurité d’Israêl, en d’autres mots à l’éradication des Palestiniens... Tout ceci ne fait que confirmer la pénible impression que nous avons eue tout au long de la visite : le musée de la Haganah est réellement emblématique de l’esprit guerrier et paranoïaque de la société israélienne... Nous en sortons dégoûtés, oui, vraiment mal à l’aise...

Rapide passage à l’auberge de jeunesse. Le bus nous dépose avec nos bagages devant la gare des trains pour l’aéroport, juste en face de l’endroit où nous étions arrivés à Tel Aviv avant hier. A peine avons nous passé les portes de verre en direction du tapis roulant où poser nos sacs pour le contrôle au scanner qu’un soldat / agent de la sécurité (armé) nous interpelle brutalement : "Stop ! Who are you ? Where are you going ?"... Nous restons cloués sur place, pétrifiés par cette brutalité inattendue. Il fait alors ressortir tout le monde de la gare et aboie pour nous demander nos passeports, qu’il se met à éplucher : chacun reçoit sa dose de questions, parfois vraiment inattendues, en tout cas, pour nous déplacées : Bénédicte , par ex., est questionnée sur son voyage scolaire au Maroc l’année passée... Cela prend un bon quart d’heure... Finalement, au compte-gouttes, il nous permet à chacun d’entrer dans la gare, de présenter son sac au scanner, puis de passer la barrière électronique... De l’autre côté, et bien que le groupe se soit petit à petit reconstitué, nous restons un moment sans bouger, encore sous le coup de la brutalité de ce qui vient de se passe rse retrouve de l’autre côté, passablement assommé par ce qu’il est difficile d’appeler autrement qu’une agression. D’accord, bien sûr, pour se faire contrôler, mais pas comme si on était des sous-personnes !.. En quoi méritons-nous d’être traités de cette façon ?...

Nous descendons lentement vers le quai et nous asseyons sur nos sacs, toujours un peu sous le choc... Un homme tourne autour de nous et nous observe. Son comportement est vraiment étrange, inconfortable : qui est-il ? Qu’est-ce qu’il veut ?... Est-ce qu’on l’a payé pour qu’il nous espionne ?... Finalement, il s’incruste carrément, écoute nos conversations (qu’on rend immédiatement extrêmement anodines), intervient pour donner son avis (qu’on ne lui demande pas), puis commence à poser des questions, mine de rien... A mi-voix, on se repasse les consignes : discrétion absolue par rapport à notre voyage, la sécurité israélienne est partout. Discrètement aussi, on se passe le programme "politiquement correct" que les "plus de 25 ans" ont concocté dans la matinée : à apprendre par coeur en prévision d’interrogatoires et contre-interrogatoires serrés à l’aéroport : les aventures de Sandra, ainsi que les conseils de Marianne Blume et de Martine sont encore frais dans nos mémoire ! Tout cela en mangeant les pizzas achetées au matin à Jaffa. Louise prend une photo d’une affiche qui l’interpelle : un bonbon entouré d’une ceinture d’explosifs... Le type bizarre finit par monter dans un train, mime de demander Laetitia en mariage et on se détend un peu, on rit de nous-mêmes : évitons la paranoïa !

Train, et rappel du scénario et de l’attitude à adopter à l’aéroport : il vaut mieux être prêts à toutes éventualités : Pâques à Jérusalem, nous venons tous d’e la même école catholique, sauf Louise qui est une voisine d’un prof de l’école, Théodore qui est le futur cousin par alliance de Béné, Laetitia qui a fait ses études secondaires avec le fils d’Anne-Claire (rien que du vrai !). Surtout, personne dans le groupe ne parle bien l’anglais (ce qui est vrai aussi), Anne-Claire et Tanguy feront les intermédiaires-traducteurs en cas de nécessité. Quoiqu’il en soit, en dire de toute façon le moins possible, et rester au plus près de la réalité... Mais évitons la parano, n’est-ce pas ?

Aéroport : nous nous dirigeons vers le guichet de contrôle, Anne-Claire et Tanguy en tête, prêts à répondre du groupe. Une dame en uniforme et walkie-talkie nous arrête, nous demande qui, quoi, où, d’où, combien de temps... Cela suffit pour décider de nous interroger plus longuement. Elle appelle un de ses collègues-soldats qui nous dit de former une file, la parcourt attentivement des yeux et puis désigne Anne-Claire et Louise et les emmène séparément à quelques pas du groupe : Anne-Claire reste avec le soldat, Louise va plus loin avec la soldate. Elles vont se faire interroger pendant une dizaine de minutes "Who are you ? Where do you come from ? Where did you stay ? How did you travel ? Did you have your own driver ? Who did you meet ? Did the members of the group always stay together ? Did you get presents from people ? Why did you go to Hebron ? dangerous city ! Do you all come from the same school ? Who speaks English in the group ? How long have you known each other ? Did you like what you saw in Israël ? Will you come back ?..." Le restant du groupe observe la double scène à distance : Anne-Claire à l’air à l’aise, elle sourit au soldat, Louise semble un peu plus tendue, mais elles s’en sortent toutes les deux très bien : "Nous venons de Bruxelles et sommes un groupe de profs, élèves et amis. Nous avons logé à l’auberge de jeunesse "The Citadel", à Jérusalem, dans le quartier arménien de la vieille ville. Nous avons été à Bethléem, et Hébron, voir le Tombeau des Patriarches (et Anne-Claire explique, you know : Jacob, Rachel and the others ? oui, le soldat connaît.) Nous avons utilisé les transports en commun et les sherouts, non, pas de conducteur privé. Le groupe n’est pas tout le temps resté groupé, ce matin, par exemple, certains ont préféré rester sur la plage de Tel Aviv, pendant que d’autres ont été au marché aux puces à Jaffa. Oui, on y a acheté 2-3 bricoles, des cadeaux pour la famille... Non, on n’a rien reçu de personne... Non, tout le monde ne vient pas de la même école, Laetitia , Louise et Théodore blablabla, etc..." rien que la vérité (heureusement qu’on avait prévu cette question ! Merci encore à Marianne Blume et Martine pour leurs précieux conseils !) "Ce sont des élèves, vous voyez, alors leur anglais... Oui, on a beaucoup aimé... Si on reviendra ? On l’espère..."

Louise et Anne-Claire sont "relâchées", tout le monde observe un peu tendu les deux soldats comparer les réponses reçues... Epreuve réussie, mais avant de recevoir le signe d’avancer, le soldat repose des questions qu’Anne-Claire retraduit en français immédiatement : "Avez-vous reçu des cadeaux ? Avez-vous gardé vos sacs près de vous tout le temps ?", et le groupe répond non, oui, angélique. C’est bon, on peut avancer, un par un et en gardant ses distances, jusqu’à l’appareil-scanner qui avale nos sacs et les recrache 6 mètres plus loin.

Mais le cirque n’est pas fini : le soldat au contrôle/scanner a apparemment vu des "choses" dans les sacs de Julien, Laetitia et Théodore qui sont priés de se mettre sur le côté et d’attendre que quelqu’un d’autre vienne les chercher. Anne-Claire confie sa valise à Louise et les accompagne ("They don’t speak English, you know"). Ils doivent se joindre à une autre file de gens, ceux dont les sacs vont être ouverts... Bonheur, c’est une très gentille jeune soldate qui s’occupe d’eux : le tas de documents qui fait problème dans le sac de Julien "are his school notes to study for his June exams", l’objet non identifié dans le sac de Laetitia "is in fact a water-flask", pas de quoi fouetter un chat, et la "boîte" suspecte chez Théodore est le cadeau prévu pour ses parents, soit un service de bols et plat en céramique. La jeune femme s’excuse, elle doit inspecter les sacs : pas de problème. Théodore doit aussi ouvrir la boîte en carton, mais les bols peuvent rester emballés. Le sac de Laetitia, par contre, est vieux et la fermeture éclair résiste : et hop, un nouveau petit tour par le scanner ! Mais, pas de bol, la machine est momentanément out of order...

Les gens qui font la file devant l’autre scanner nous fusillent déjà du regard : message compris. Anne-Claire propose à la jeune femme de retourner au comptoir et d’essayer encore d’ouvrir le sac, qui cède : c’est effectivement bien un innocente gourde en métal qui a fait sonner la machine... La jeune femme s’excuse encore, Anne-Claire la rassure "OK, no problem, you’re doing your job, we understand" : c’est bien la première fois que nous rencontrons un soldat qui est désolé de ce qu’il fait (doit faire), et qui le fait avec courtoisie : ça fait du bien...

Louise attend les trois jeunes suspects devant le tapis à bagage : Mishmushkila ? demande-t-elle (No problem, en arabe). Anne-Claire, vite sur la balle, lui demande, tu as un rhume ? Louise, tout aussi prompte, réalise qu’elle vient de parler arabe devant le soldat-contrôleur israélien, et mime une petite salve d’éternuements, transformant le mishmichkila en itsch-titsch-tcha !... Difficile de sortir de nos sabah al khaïr et choukran après 13 jours au milieu d’arabophones ! Mais le soldat n’a rien entendu (ou fait celui qui n’a rien entendu) et nous laisse passer... L’épreuve est terminée pour tout le monde...

Nous nous asseyons en cercle sur le sol de la salle d’embarquement, Louise sort son accordéon, quelques chansons pour se détendre, c’est bien nécessaire. des voix se mêlent aux nôtres : un groupe d’adolescentes belges, une chorale chrétienne venue chanter à Jérusalem. Petit moment de "compétition", chaque groupe chante à son tour, il est très vite clair que nous avons le dessous... On finit par se taire, mais des gens tout autour applaudissent. De toute façon, notre avion est là ... Pour les plus chanceux, dodo dans l’avion jusqu’à Bierset (les autres endurent en silence), puis dans la navette jusqu’à Bruxelles, puis papa et maman, puis maison, complètement ivres de fatigue....

Pour aller plus loin...