Samedi 9 avril 2011 : animations à Al-Arroub

dimanche 30 octobre 2011
popularité : 30%

Ce matin, nous avons rendez-vous au centre EJE voisin de notre « home sweet home » [1].

Dans le local central aux murs recouverts de dessins et de photos d’enfants, nous retrouvons Samaher, une jeune et (très !) jolie coordinatrice avec qui nous nous mettons d’accord sur le type d’activités que nous pourrions proposer aux enfants la semaine prochaine. Sur ses conseils, nous organiserons d’abord une série de jeux en extérieur – citron-citron, chef d’orchestre, l’enchanteur - tout ce que nos vertes années de scoutisme nous ont laissé en bagage. Puis Margot, qui y avait réfléchi déjà bien avant le voyage (une perle !), propose son idée d’atelier-bricolage : aider chaque enfant à se fabriquer un petit "cahier du bonheur". Il s’agit d’un petit carnet personnalisé dans lequel les enfants seront invités à dessiner toutes les choses qu’ils aiment ou qui leur font plaisir : objets, personnes, animaux, paysages, fêtes, etc. En cas de blues, on l’ouvre et… sourire, ça va mieux ! On se souvient qu’il y a autre chose que les disputes à l’école, les soldats dans et autour du camp, les cauchemars la nuit... Samaher approuve, cela ne peut faire que du bien aux enfants.

Samaher nous invite maintenant à jeter un coup d’œil à la ludothèque du centre et, pourquoi pas, à s’essayer à certains jeux pour pouvoir comprendre ce qu’ils peuvent apprendre ou apporter aux enfants. Il y a des jeux de bois que les enfants ont construits ensemble (dont une piste pour palets qui fait le bonheur de Tanguy !). Margot, elle, se fait bien vite des copines parmi les fillettes aux longs cheveux noirs, retenus en tresses ou en queues de cheval. A croquer...

Tareq nous a rejoints. L’école où il travaille est un peu plus bas. Il est en pause entre deux cours et vient nous chercher pour nous emmener rencontrer son directeur. Il a l’air bien fatigué. Sur l’insistance d’Anne-Claire, il finit par raconter que pendant la nuit des soldats sont venus pour arrêter son voisin d’en face. « Mais cet homme n’habite plus là depuis quelques jours. Comme ils ne le trouvaient pas chez lui, les soldats ont défoncé les portes de tout le bâtiment, sont entrés chez les autres habitants, ont bousculé les gens, gueulé, tiré des coups de feu et finalement réveillé tout le monde dans le voisinage… Vous n’avez rien entendu ?... » On s’entre-regarde, non, rien du tout ! Il faut dire que notre appartement se situe au fond d’une rue perpendiculaire à celle de Tareq, et que toutes les fenêtres donnent sur l’arrière. Tareq continue : « Je n’ai pas dormi une minute. J’ai passé la plus grande partie de la nuit à genoux sur mon divan à regarder au travers du volet baissé... Je me demandais s’ils allaient revenir, entrer chez nous pour m’arrêter ou pour arrêter Sarah, et quand ils allaient arriver... ». "Ils" : les soldats, mot que Tareq ne prononce quasi jamais. Il dit "ils", c’est-à-dire personne, aucun individu à qui pouvoir parler mais un groupe indistinct d’uniformes armés. Nous lui demandons : pourquoi viendraient-ils chez toi ? Tu as fais quelque chose de particulier ? Tareq secoue la tête : « En Palestine, pas besoin d’avoir fait quelque chose pour avoir des ennuis avec les soldats. Ils viennent comme ça, sans raison, défoncent la porte, cassent tout chez toi, effrayent les enfants, emmènent des gens et les gardent en prison ou pas. Selon leur humeur du moment. »

Visite de l’école des garçons et retrouvailles avec Ribal

Nous en avons froid dans le dos. Hier soir n’est pas si loin : une ou deux heures à peine après que les jeunes nous eurent donné des exemples de problèmes qu’ils avaient eu avec les soldats, Tareq vivait une nouvelle expérience traumatisante. Il est vraiment étonné que nous n’ayons rien entendu ; ça a fait tellement de bruit, avec les cris, les coups de feu. Mais voilà, dit-il en nous souriant, c’est passé. La vie continue.

Nous disons au revoir à Samaher et suivons Tareq jusqu’à l’école où il enseigne : l’Ecole pour garçons de l’UNRWA. Le directeur va nous recevoir dans son bureau, une longue pièce étroite ouverte sur la cour de récréation. Aux murs, des photos de classes d’enfants et l’inévitable panorama de Jérusalem au milieu duquel la coupole dorée du Dôme du Rocher scintille. Interdiction quasi absolue pour les réfugiés palestiniens de s’y rendre. Difficile de les empêcher, par contre, d’y penser et de l’aimer de loin.

C’est ici que les professeurs viennent prendre un verre de thé aux intercours ou, comme c’est le cas maintenant, à la fin de leur journée de cours. Ils répondent gentiment à notre salut et nous cèdent leurs sièges, un peu surpris par notre présence. Nous ne sommes pas assez vieux pour être des internationaux officiels ; qui sommes-nous ? Sandra nous avait prévenus : ce n’est pas courant du tout pour les habitants d’Al-Arroub de recevoir la visite de groupes de jeunes. Que sommes-nous donc venus faire ici ?...

Le directeur termine un entretien avec une dame, sans doute une mère d’élève. En attendant, nous observons le ballet des élèves qui sortent du bâtiment. Ils envahissent la cour blanche et bleu-UNRWA, s’y pourchassent, cartable sur le dos ; l’école est finie, ils vont rentrer chez eux. Voilà, le directeur en a terminé avec la dame. Il nous souhaite la bienvenue, espère que tout se passe bien pour nous dans le camp, nous fait apporter du thé, boisson délicieusement sucrée et mentholée qui symbolise la bienvenue (on en boira à chaque rencontre !). A la demande de Tanguy, il nous dit quelques mots sur le système scolaire dans les camps de Cisjordanie, puis se met à nous parler de "son" école.

« Toutes les écoles des camps de réfugiés palestiniens sont administrées par les Nations Unies (UNRWA). Le parcours scolaire nous est imposé : il y a 6 années de primaire et 3 de secondaire. Les enfants vont dans les écoles de l’UNRWA jusqu’à 15 ans, soit jusqu’à la 9ème. Ensuite ils doivent faire les trois dernières années du secondaire dans une école publique palestinienne dépendant de l’Autorité Palestinienne. Cette école-ci organise les cours de la 5ème à la 9ème année. Tous les enfants ont des cours d’arabe, d’anglais, de biologie, physique et chimie, d’informatique, d’éducation sociale et d’éducation civique et aux droits humains. Dans tous les manuels que nous utilisons, il y a un chapitre qui se concentre sur la façon d’intégrer les droits humains à la discipline enseignée, que ce soit l’anglais, les maths ou autre. Des superviseurs/inspecteurs viennent contrôler qu’effectivement tous les professeurs enseignent bien cette partie de leurs cours. »

Comment intégrer les droits humains à la discipline enseignée ?... Nous nous regardons, approbatifs. Nous ne pouvons nous vanter d’avoir cela en Belgique ! Et aussi, nous nous rappelons la conférence de presse donnée par des enseignants de Jérusalem : les Israéliens accusaient le programme scolaire palestinien de provocation, justifiant ainsi la décision du gouvernement israélien de le remplacer par le programme israélien dans toutes les écoles palestiniennes de Jérusalem.« Faux », avait dit un des intervenants, « nous enseignons la paix aux enfants dont nous avons la charge. ».. Apparemment, dans les écoles de l’UNRWA aussi.

Le directeur poursuit : « La caractéristique de toutes les écoles de l’UNRWA est la neutralité confessionnelle, seul moyen de garantir qu’elles soient des lieux sécurisés pour les enfants (les écoles publiques, par contre, dépendent de l’Autorité Palestinienne et ont un caractère religieux.) Les professeurs sont rémunérés par l’ONU qui prend aussi en charge le fonctionnement des écoles. Celles-ci bénéficient par ailleurs de financements venant de différentes ONG, grâce auxquels elles peuvent mettre sur pied des activités supplémentaires sportives ou artistiques : concours, festivals de danse, de théâtre ou d’éducation physique. Chaque année, certaines ONG européennes et étatsuniennes prennent en charge un nombre limité d’élèves et d’étudiants (20 sur 600, c’est peu, commente-t-il), de façon à leur offrir un peu de changement et la possibilité de faire un travail de développement de soi, ou de pratiquer leur hobby, etc. »

Il s’arrête un instant de parler. Il y a tellement de choses à dire, et nous sommes un public sans doute différent de celui auquel il s’adresse d’habitude. Tanguy le relance : quels sont les problèmes scolaires que vous rencontrez avec les enfants, ici, dans le camp d’Al-Arroub ? Quels problèmes particuliers les enfants rencontrent-ils ? Le directeur se frotte le front :

« Avant de vous parler des problèmes que nos enfants rencontrent, il faut que je vous rappelle la situation des habitants d’Al-Arroub : ce sont tous des réfugiés de 1948. Ils viennent pour la plupart de 13 villages détruits dans le sud de l’actuel Israël. Ils ont d’abord vécu sous les tentes que l’UNRWA leur a fournies. La possibilité de rentrer chez eux devenant de plus en plus aléatoire, les NU ont peu à peu remplacé ces tentes par des abris en dur, en fait des constructions sommaires dans lesquelles plusieurs personnes devaient se partager une pièce. Le temps a passé, les enfants des premiers réfugiés ont grandi, se sont mariés, ont eu des enfants à leur tour. Le camp ne pouvant s’étendre à l’horizontale, les familles ont construit des étages supplémentaires à leur maison avec l’aide de leurs voisins, et le camp a pris la physionomie que vous lui voyez aujourd’hui. »

« Il n’y a aucun espace de jeu pour les enfants dans le camp, à part la rue avec tous les dangers qu’on peut y rencontrer. Le problème principal des habitants d’Al-Arroub est la fréquence des confrontations entre enfants et soldats. Ces derniers entrent dans le camp quand et comme bon leur semble, en jeep ou à pied, toujours à plusieurs. La réaction des enfants est immédiate : certains leur lancent des pierres, auxquelles les soldats répondent en tirant souvent à balles réelles. La nuit qui suit leur incursion, ces mêmes soldats débarquent dans les maisons pour venir arrêter des enfants. Motif : ils ont lancé des pierres. Hier, par exemple, ils en ont emmené trois, dont un qui accompagnait son père à la mosquée pour la prière du vendredi... Si les parents veulent récupérer leur enfant, ils doivent payer une amende de 2000 shekels (environ 400 euros). Une fortune. »

Nous jetons un coup d’œil à Tareq, qui confirme d’un hochement de la tête. Sandra nous en avait touché un mot le jour de notre arrivée à Al-Arroub. Décidément, notre idyllique pique-nique à Mar Saba nous semble de plus en plus irréel : et si "nos" jeunes n’étaient pas venus avec nous hier, où seraient-ils à l’heure qu’il est ?

« Les enfants du camp sont psychologiquement très abîmés. Tous ont un membre de leur famille arrêté ou tué, beaucoup se sont au moins une fois fait arrêter et emmener en prison au cours de leur scolarité. Comme je vous l’ai dit, il n’y a aucun endroit dans le camp, plaine de jeux, terrain de sport, où ils peuvent jouer en sécurité après l’école. Ils passent leur temps à regarder n’importe quoi à la télévision, ou à se pourchasser l’un l’autre dans la rue, à crier et se disputer. Le seul endroit où ils peuvent jouer sans danger est la cour de l’école qui reste ouverte toutes les nuits. En effet, aucune personne en uniforme ou armée, qu’elle soit israélienne ou palestinienne, n’a le droit d’entrer dans une école de l’UNRWA. »

Nous demandons : les enfants n’ont pas cours l’après-midi ? Le directeur répond :« Les cours sont organisés du dimanche au jeudi de 7h30 du matin à 2 heures de l’après-midi. Ensuite l’école ferme et les enfants rentrent chez eux pour faire leurs devoirs ou jouer. Dans notre école, il y a une vingtaine de professeurs seulement pour tous les enfants. Mais, » ajoute-t-il, « Tareq en vaut bien cinq à lui tout seul !  » Nous sourions à Tareq, qui rougit, baisse la tête en faisant un signe de la main au directeur : allez !, c’est bon, parlons d’autre chose !

« Les professeurs se serrent les coudes. Ils essaient aussi d’impliquer les gens de l’endroit dans les activités organisées par l’école. Ils ont aidé à la mise sur pied d’un conseil des parents et d’un conseil des élèves... Oui, les enfants sont difficiles... Il y a en permanence trois professeurs par étage pour surveiller qu’aucun enfant ne passe par la fenêtre. Mais après 14h il n’y a plus d’adultes pour les surveiller… Et donc, au matin, il n’est pas rare de retrouver des carreaux cassés, d’autant que ce ne sont pas seulement les enfants de l’école qui se retrouvent ici… »

« L’école et le centre culturel EJE essaient de mettre sur pied des activités pour les jeunes, invitent des conseillers, des assistants sociaux, des psychologues pour parler avec eux, les aider à exprimer leur agressivité, leurs peurs. Mais certains enfants sont réellement intenables : ils démolissent le mobilier et le matériel scolaire, et j’avoue que je me sens souvent démuni. J’ai l’impression que tout ce que je fais ne sert à rien… Avant, j’étais directeur dans une école de la région de Jéricho. C’était plus près du mur, mais les enfants dont je m’occupais étaient beaucoup plus souriants, plus motivés aussi par l’école. Ici, ils sont beaucoup plus frustrés, plus violents. »

« Ce qu’ils aiment par dessus tout, c’est partir en excursion, sortir de l’école, sortir du camp. L’année passée, nous avons organisé un petit voyage jusqu’à Jérusalem qui est à 30 km d’ici. C’était une grande première : la plupart des Palestiniens de Cisjordanie n’ont jamais mis les pieds à Jérusalem. Ils n’en ont pas le droit. Les enfants étaient fous de joie à l’idée de partir ! Pas un jour ne passait sans qu’ils n’en parlent… »

Nous sommes discrètement interrompus par un homme qui, dans l’entrée du bureau, fait signe au directeur : on a besoin de lui. Nous nous levons, le remercions pour le temps qu’il nous a consacré et suivons Tareq qui nous emmène à l’étage du bâtiment. Nous allons suivre un atelier de dabkeh [2].

En entrant dans le local où se donne le cours, Tanguy et Anne- Claire n’en croient pas leurs yeux : l’animateur n’est autre que Ribal !

Ribal, ce jeune homme de 19 ans qui les avait tant impressionnés en 2009, un des seuls qui, apprendront-ils par la suite, soient restés travailler au centre Al-Rowwad à Aïda [3]. En effet, beaucoup de ceux qu’ils avaient rencontrés avec le groupe Taayoush ont pris leurs distances avec le centre Al-Rowwad. Comme le leur expliqueront Sandra et Martine, la société palestinienne est encore terriblement clanique et, petit à petit, il n’y a plus eu que des gens de la famille du directeur pour animer et participer aux activités du centre, et tant pis pour les autres. Ribal, lui, est resté. Il faut dire qu’il est un peu "la" réussite du projet Al-Rowwad : entré dans la troupe de théâtre tout petit, il a grimpé tous les échelons, est devenu lui-même coordinateur et animateur. De plus, c’est Sandra qui nous le confie, il a perdu son papa l’année dernière, et le directeur d’Al-Rowwad l’a vraiment bien soutenu dans les moments difficiles qu’il a traversés. En tant qu’aîné de famille, il a désormais la charge de sa maman et de ses petits frères. Anne-Claire et Tanguy sont choqués et déçus d’entendre ce qu’Al-Rowwad est devenu ; les discours du directeur laissaient entrevoir autre chose. Mais aurions-nous fait autrement ? Pas sûr. Et pourquoi les Palestiniens devraient-ils être meilleurs que la moyenne des gens ?

Nous écoutons Ribal leur donner quelques nouvelles des "anciens" : Salam est maintenant fiancée et devrait bientôt se marier ; Oussama travaille dans un autre centre ; les "Freedom Sons" Mazen, Jamal et Mahmoud ne chantent plus ensemble ; Youssef est à l’étranger avec son équipe de basket-ball ; Marwa, Samira, … Les retrouvailles sont un peu curieuses pour Anne-Claire et Tanguy : c’est Ribal et, en même temps, ce n’est pas lui. Il est distant, comme s’il lui fallait un peu de temps pour réassembler les pièces du puzzle. Mais il semble tout de même heureux de les revoir. Tanguy lui dit qu’il est prévu que nous allions à Aïda lundi pour suivre un atelier cuisine avec des femmes du camp. Sera-t-il là ? Et les autres, Mazen, Jamal, Mohamed... ? Apparemment, il n’a pas gardé de contacts avec ceux qui sont partis, mais dit qu’il fera son possible pour les prévenir de notre arrivée. Tanguy lui annonce aussi qu’il a apporté des exemplaires du livre que le groupe Taayoush a écrit à huit mains en témoignage du voyage 2009. Ca l’intéresse… En tout cas, c’est chic qu’il apporte sa contribution dans le camp d’Al-Arroub !...

Entretemps, les enfants qui participent à l’atelier sont tous arrivés. En fait, l’atelier est double, certains des enfants forment une petite chorale et s’exercent avec un professeur de musique qui les accompagne au synthé, pendant que les autres travaillent les pas de dabkeh avec Ribal.

Les petits chanteurs, tous des garçons, ont entre 10 et 12 ans. Ils sont six, dont un à la peau très foncée, et deux blondinets aux yeux clairs. Cela nous surprend : cela ne colle pas vraiment avec l’idée que l’on se fait la plupart du temps d’un Arabe en Europe .

Petits chanteurs 1
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Lorsqu’ils chantent, c’est vraiment de tout leur coeur ! Ils se tiennent debout, en demi-cercle, bien droits face à leur professeur, qu’ils ne quittent pas des yeux tandis qu’il joue sur le piano électronique ou marque le rythme à l’aide d’un tambourin. L’un des enfants chante quelques mots en solo, puis les autres lui emboîtent le pas. Lorsque le chant est terminé, ils se rasseyent sagement et regardent l’autre moitié du groupe travailler leurs pas avec Ribal : six danseurs aussi, en jeans et veste de jogging. Ils se tiennent par les épaules et, en ligne, suivent le tempo donné par Ribal qui compte : wahid, thniin, thalath, arba, wahid, thniin, thalath, arba, wahid, thniin, thalath, arba. Il faut être en accord avec la musique, croiser les jambes, sauter, reculer, avancer, re-sauter ensemble… Ribal les fait reprendre, encore et encore.

Atelier dabkeh avec Ribal
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Il est un merveilleux professeur, précis, clair dans ses consignes, mais exigeant : un des enfants qui, apparemment, est venu davantage pour faire rire ses copains que pour travailler, se fait mettre à la porte.

C’est de nouveau au tour des chanteurs : sons de cymbalum, de flûte et de tambourin. On reconnaît, ci et là, un mot : falistiin, Palestine, qu’ils chantent avec une fierté et un plaisir évidents.

Petits chanteurs 2
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Nous applaudissons ces petits garçons qui ont une voix digne des« Petits Chanteurs à la Croix de Bois » de chez nous : même pureté, même grâce.

Puis leur professeur leur fait un peu travailler la technique, répéter leurs gammes (en français ! Do-ré-mi-fa-sol-la–si-do. c’est trop mignon !). Ensemble, chacun à son tour, puis, maintenant, travaillent les accords sur un accompagnement de oud. Nous sommes un peu surpris d’être surpris : mais oui, c’est la même gamme que chez nous, alors que leur chants et musique semblent faits d’harmonies tout à fait différentes de celles qui nous sont habituelles…

Petits chanteurs 3
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Parfois, leur professeur les arrête et chante pour eux, leur explique comment s’y prendre. Ils écoutent attentivement, l’imitent sur la seule ligne mélodique puis, une fois que c’est clair, avec l’ensemble des instruments. Nous ne pourrions pas en faire autant, c’est certain !

Petits chanteurs 4
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Rencontre au centre EJE

L’atelier dure 1h30, après quoi nous retournons au centre EJE où Nidal, le directeur, nous attend. Il nous reçoit dans son minuscule bureau. Il nous explique que le centre fait partie de tout un réseau « Les Enfants, le Jeu et l’Education ». Il en existe d’autres à Jéricho, Tulkarem, Shu’fat (tout près du checkpoint que nous avons traversé avec Daoud), Ramallah, Gaza, … Nidal supervise le travail qui se fait dans les différents centres du sud de la Cisjordanie.

« Le premier voyage que les enfants du camp ont pu faire était une excursion à la mer mise sur pied par des bénévoles du Secours catholique français. Les enfants en ont rêvé des semaines à l’avance. On avait mis une carte au mur et dessiné l’itinéraire qu’ils suivraient pour arriver à la mer. Il y a eu évidemment des problèmes pour obtenir des permis de circuler auprès des autorités israéliennes… L’année passée, huit enfants qui jouent au football ont pu traverser la frontière, aller jusqu’à l’aéroport, prendre l’avion. C’était la première fois qu’ils allaient en France et qu’ils jouaient contre des internationaux venus du Brésil, du Soudan, … »

« Stéphane Hessel est un des principaux fondateurs de EJE. Nous recevons régulièrement des délégations étrangères venues de France, d’Egypte, des USA, d’Angleterre, de Grèce, d’Italie, ... Nous avons même eu, l’année passée, un groupe de bénévoles venant de Louvain en Belgique. Ils viennent voir, s’enquérir de ce dont nous avons besoin. »

« Nous travaillons en collaboration avec les écoles du camp. Nous nous occupons des enfants après les cours. Notre objectif premier est leur sécurité : ils en ont vu tellement pendant l’intifada de 2000, ont été harcelés par les soldats de l’IDF (armée israélienne) et le sont encore. Certains (25) ont été mis en prison. Tous ont des problèmes psychologiques. Ils sont 8.400 dans le camp à vivre sur moins d’un kilomètre-carré, et manquent cruellement d’espace pour jouer, grandir. Notre but, en organisant nos ateliers, est d’essayer de faire diminuer la violence dans laquelle ils sont obligés de grandir : violence à l’école, violence domestique, violence conjugale, violence lors des incursions militaires dans le camp. Nous avons d’ailleurs mis sur pied un atelier de prise de conscience des crises. » [4]

« Ce sont les écoles qui nous envoient les enfants, tous des cas « difficiles » pour lesquels elles nous fournissent des feedback. Nous essayons que ces enfants puissent exprimer leurs problèmes au travers d’activités artistiques et ludiques. Nos assistants sociaux travaillent avec une septantaine de familles par an, des gens qui sont réellement en souffrance. »

Nous sommes très attentifs à ce que nous dit Nidal. Cela corrobore tout à fait ce que Sandra et le directeur de l’école de Tareq nous ont dit à ce sujet. Nous commençons tout doucement à nous faire une idée de l’ampleur du problème.

« Il faut savoir que plus de 75% des Palestiniens font des études supérieures, soit le plus haut pourcentage de tous les pays arabes. L’explication est simple : ils ont tout perdu lors de la catastrophe (Naqba) de 1948, et donc ils investissent dans l’éducation de leurs enfants. Et, effectivement, les enfants rencontrent en général peu de problèmes purement scolaires pendant leurs études. Il n’y a qu’un pourcent d’abandon en cours de route. »

« Les problèmes qu’ils rencontrent sont d’un autre type. Ils sont d’ordre psychologique, comme je vous le disais, mais aussi "policier". En voici un exemple parmi des centaines d’autres : le cas du jeune Malek Al-Sharef. Ce garçon a participé à nos ateliers médias [5] et a tourné un film, "Le Piège", qu’il a publié sur la Toile... Suite à cela, il a été arrêté un jour en revenant de l’école et est resté six mois en prison. Les soldats l’ont privé de nourriture pendant 3 jours. Ils lui ont fait subir d’autres mauvais traitements, dont des sévices sexuels... Ce n’est pas un cas isolé : beaucoup de jeunes garçons sont violés en prison mais, le plus souvent, ils refusent d’en parler après coup - honte, déshonneur, peur d’être rejeté par leur famille ou la communauté... Je vous laisse imaginer dans quel état Malek nous est revenu. »

Frissons dans le dos... Comment peut-on faire ça à des enfants ?

« Des programmes sont mis sur pied pour aider les enfants du camp à grandir. Il est important pour nous de leur apprendre à accepter l’autre, à développer une autre attitude que la haine. Nous leur enseignons qu’il vaut mieux se battre avec des mots, dire "c’est aussi mon pays !", plutôt que de recourir à la violence. Nous n’encourageons pas une culture de la haine. Ici, vous n’entendrez jamais aucune parole de haine. Ce centre a été créé à l’écart de la politique, pour les enfants. Pour qu’ils puissent échapper à la rue et à la brutalité des soldats. »

Ces mots : le même discours que celui que le groupe Taayoush 2009 a entendu à Siwan, Aïda, Hébron et Naplouse. Celui que nous avons entendu lors de la conférence de presse à Jérusalem :"nous n’encourageons pas une culture de haine" ! Ce ne sont pas que des mots : c’est exactement l’impression qui se dégage de toutes les personnes que nous avons rencontrées depuis notre arrivée en Palestine.

L’occupation à travers "Le piège" et "Les barrières"

Nidal nous propose maintenant de visionner deux petits films tournés par des jeunes qui ont participé à l’atelier médias organisé dans le centre. Le premier, "The Gates", est à la fois comique et tragique : on y suit un jeune Palestinien dans ses trajets vers l’école, trajets de longueur variable selon que les soldats israéliens décident d’ouvrir ou de garder fermées les barrières du camp de réfugiés où il habite (en l’occurrence Al-Arroub) et du village où se trouve son école (en l’occurrence Beit Ommar). Il y a des moments dans le film qui font sourire, mais le sujet est grave : il s’agit là d’une illustration sérieuse de la façon dont l’occupation affecte la scolarité des enfants des camps.

Le second film, "The Trap" (Le Piège), a été tourné par le jeune Malek Al-Sharef dont Nidal nous parlait il y a quelques minutes. Ce film a été projeté à Jérusalem, en France et en Angleterre. Il raconte l’histoire d’un écolier qui se laisse entraîner à collaborer avec l’occupation israélienne. Ce n’est pas une fiction, nous dit Nidal, mais la triste réalité de beaucoup d’enfants palestiniens que l’on force à travailler comme informateurs pour les militaires et à dénoncer, par exemple et dans ce cas-ci, les enfants qui ont lancé des pierres lors d’une incursion des soldats dans le camp. Dénoncer leurs voisins et copains d’école n’est évidemment pas sans risques pour eux et leurs familles. Le film nous montre que l’enfant est clairement une victime de la situation. Mais il payera cher les conséquences de ses actes. Nidal nous explique que les "enfants-collabos" se retrouvent complètement isolés après coup : ils sont considérés comme des "traîtres" par leur famille et toute la communauté.

Dans ce deuxième film, les acteurs sont tous des enfants, comme dans le premier. Mais "Le piège" nous met vraiment mal à l’aise. C’est assez troublant, en effet, ces gamins qui jouent à merveille "les méchants" et reprennent parfaitement des gestes et paroles d’intimidation, d’humiliation qu’ils ont dû voir infliger à des voisins ou des membres de leurs familles… On comprend que cela n’ait pas plu à la propagande israélienne. De là à emprisonner et torturer le jeune Malek...

Nidal nous dit que le centre EJE organise des séances de sensibilisation pour tenter de résoudre le problème et d’amener les enfants à être prudents, à ne pas se laisser influencer par les soldats pour donner des noms et trahir leurs concitoyens. « Le camp est assez calme depuis un an », nous confie-t-il, « mais les soldats cherchent constamment la bagarre. Ils aboient sur les enfants, les provoquent jusqu’à ce qu’ils réagissent. D’où l’importance d’occuper les enfants un maximum. Le centre a ceci d’idéal qu’il se trouve loin de la grande route 6O, ce qui en fait un lieu sûr. Je n’ai pas peur de dire qu’il a, sans aucun doute, sauvé la vie de plusieurs enfants. En effet, depuis 2008, date à laquelle les activités ont commencé, il y a moins de confrontations brutales et davantage de discussions. »

Nidal termine son information en nous parlant de l’organisation "Defence for Children international" (DCI) qui s’occupe des enfants violés, battus ou enfermés. Il nous parle encore brièvement du cas du jeune Karam arrêté à Hébron alors qu’il revenait de l’école. Un exemple parmi mille autres de ce que les enfants vivent en Palestine occupée.

Visite à notre propriétaire

Nous rentrons "à la maison", pas mal secoués par tout ce que nous venons d’entendre... Prendre sa guitare et gratter un peu, ou se coucher quelques instants sur nos matelas, commencer à préparer le repas. Se vider l’esprit, quoi. Anne-Claire demande si quelqu’un a envie de l’accompagner : elle pense qu’il est temps de monter à l’étage et d’aller saluer la maman de Youssef, propriétaire de l’appartement que nous occupons. Marie-Gaëlle et Caroline la suivent. Toutes trois montent les escaliers extérieurs, qui mènent à une porte blindée et grillagée.

C’est Youssef qui ouvre. Il est tout content de nous voir. Youssef a une tête de gros bébé et un cheveu sur la langue. Nous apprendrons plus tard qu’en fait, il a un problème nerveux, conséquence de coups reçus lors d’une rafle. Il nous fait entrer dans le "salon" ; la pièce est quasi vide. Au sol, un tapis. Sur le tapis, le long des murs, de fins matelas en mousse. Assis sur l’un d’eux, Noah, le jeune frère de Youssef qui aurait dû se marier et habiter au rez-de-chaussée. Il se lève, nous salue, puis retourne à son ordinateur – un tout vieil appareil, dont l’écran est cassé : il n’a qu’une moitié d’image.

Youssef revient avec sa maman. Quel âge peut-elle avoir ? C’est une vieille dame un peu forte, au visage tout ridé, ratatiné. Elle nous sourit, comme si nous descendions du ciel, nous serre les mains, longtemps. Nous nous asseyons et nous l’écoutons nous parler. Nous ne comprenons pas un mot de ce qu’elle nous dit. Pas besoin : sourires, gestes, moues admiratives vers les beaux cheveux blonds de Marie-Gaëlle et d’Anne-Claire, et de Caroline, bien sûr (mais des cheveux noirs, c’est moins exotique !). Nous lui répondons dans le même langage en désignant sa robe magnifique : une toobla, robe palestinienne traditionnelle, tissu noir et broderies rouges au point de croix sur le devant, le long des hanches jusqu’au sol et au bas des manches. Anne-Claire ajoute, comme si c’était nécessaire "jamilah !". La vieille dame applaudit : bravo, vous parlez bien arabe !

Elle fait mine de vouloir se relever. Nous l’aidons, mais elle nous fait signe de ne pas bouger. Elle sort de la pièce puis revient avec un paquet emballé dans un papier. Ce sont d’autres travaux de broderie, tous incroyablement beaux, dont un qu’elle a réalisé à l’âge de sept ans et qui représente un chameau et des palmiers. Un Américain lui a offert plusieurs centaines de dollars pour l’avoir !, nous explique-t-elle (Caroline traduit). Elle a refusé. C’est tout ce qui lui reste de sa vie d’avant...

Youssef nous dit alors qu’ils viendront "chez nous" demain soir : sa maman voudrait nous préparer un repas ou des gâteaux, c’est comme on veut. Anne-Claire, sucrée patentée, opte pour les gâteaux. La vieille dame rit : c’est d’accord. Et elle viendra avec toutes ses robes ; on pourra les essayer si on veut, et faire des photos pour montrer à nos amis et parents en Belgique ! Nous nous levons pour prendre congé. Sourire, pression des mains, caresse sur les joues ; cette dame est réellement touchante. Youssef nous raccompagne jusqu’à la porte. Dans ses bras, il porte son petit garçon qui vient de se réveiller. Il a un regard désarmant et des cheveux d’ange. Marie-Gaëlle tombe sous son charme. Elle le fait rire, sous le regard attendri de la grand-mère, du père et du tonton.

En redescendant, Anne-Claire a une révélation : cette pièce vide... En fait, ils nous ont descendu tout ce qu’ils avaient pour meubler "notre" appartement ! Tous les matelas et toutes les couvertures : empilés, ils devaient faire office de canapés chez eux ! Et les trois petites tables de salon, le meuble TV et la télé, les deux lits qui nous servent de divans ! Tout !... Ca nous paraît tellement énorme, mais il n’y a pas d’autre explication. Si seulement nous nous en étions rendu compte plus vite, nous leur aurions dit mille mercis !... C’est incroyable, cette générosité. Surtout, cette générosité qui ne se fait pas (re)connaître, qui reste tout en discrétion… Et ce, dans chaque recoin de la Palestine.

Soirée avec les jeunes Palestiniens

Le repas du soir est vite pris. "Nos" jeunes sont déjà là, proprets, coiffés. Abed arrive avec des petits pots de dessert. Lui, Majid, Marie-Gaëlle, Caroline et Margot se retrouvent à la cuisine à faire du thé et du café pour tout le monde. Les deux jeunes Palestiniens s’avèrent être de grands comiques, adorables, attentionnés, pleins de gentillesse. Dans les lits-divans, Laurie, Natalia, Paul et Sébastien plaisantent avec Hashem, Hassan et Baha. Mahmoud et Wassim sont plus réservés, ou plus timides. Ils écoutent, rient aux blagues des autres. Bassam, quant à lui, fait son numéro de séduction habituel devant les deux filles...

Quand tout le monde est servi, Tanguy demande à nos amis s’ils pourraient nous en dire un peu plus sur les échauffourées qui ont eu lieu dans le camp hier, pendant que nous étions à Mar Saba. La scène au milieu de laquelle nous nous sommes trouvés juste avant de quitter le camp était-elle le prélude de quelque chose de sérieux ? Hashem et ses copains se regardent puis répondent sobrement : « Rien d’inhabituel pour un vendredi : les soldats sont entrés dans le camp, ont lancé des bombes lacrymogènes dans la mosquée pendant la prière. Les gens en ressortent en général en pleurant et toussant, certains ont les poumons et les yeux en feu pendant plusieurs jours d’affilée. » Et ils nous confirment ce que le directeur de l’école nous a dit ce matin : trois enfants ont effectivement été arrêtés et emmenés. Hashem nous tend un document qu’il a préparé pour nous : une série de chiffres. Autant de personnes dont la vie est affectée, voire brisée par l’occupation :

- 17.000 Palestiniens ont passé plus de 15 ans de leur vie en prison ;
- Plus de 10.400 Palestiniens sont actuellement retenus prisonniers dans une trentaine de prisons israéliennes ;
- Actuellement, 7 Palestiniens ont passé plus de 25 ans en prison, 57 plus de 20 ans de prison ;
- Il y a aujourd’hui 117 jeunes femmes emprisonnées, dont 4 ont moins de 18 ans ;
- Il y a actuellement 379 enfants en prison et... 4 ministres ;
- 25% de la population palestinienne ont fait un séjour en prison ;
- Plus de 700.000 Palestiniens ont été en prison depuis 1967.

Bassam est reparti. La tournure qu’a prise la soirée ne lui convenait apparemment pas. Anne-Claire interroge Tareq. Tous, lui dit-elle, vous avez l’air tellement sérieux, tellement responsables. De Wassim qui n’a que 15 ans à Hassan qui en a 20, et toi aussi, vous avez cette conscience politique très forte, le souci d’agir, de vous former, de vous informer, de dire aux gens ce qui se passe en Palestine. Avec Bassam, c’est différent, non ? J’ai l’impression qu’il n’en a pas grand chose à faire, qu’il ne pense qu’à s’amuser, blaguer avec les filles du groupe, fumer sa chicha. Il a pourtant près de 30 ans, une femme et un enfant... Dis-moi, comment toi et lui pouvez être amis ? Tareq sourit : « Oui, je sais. Sarah me pose la même question. C’est vrai que Bassam est un peu madjnoun,un peu fou, un peu idiot même parfois. C’est vrai aussi qu’il ne se pose pas beaucoup de questions et que la seule chose qui l’intéresse c’est se faire plaisir. Il n’est pas le seul Palestinien à réagir comme ça... C’est dommage, bien sûr. Mais en même temps je crois que c’est ça qui me fait du bien. Je suis tout le temps occupé à réfléchir, à me tracasser : pour Sarah, pour Watan, pour mes élèves, pour ma famille, mes amis. Lui, il me fait rire... Et j’en ai besoin. Mais peut-être qu’un jour, je ne vais plus le supporter. » Il dit ces derniers mots avec un si bon sourire. Tareq nous fait penser à Daoud : même très grande douceur, même très grande détermination aussi. Ce n’est pas étonnant qu’Anne-Claire ait décidé d’en faire ses deux fils palestiniens !

Entretemps, d’autres personnes ont frappé à notre porte : deux Danois, Jeppe et Esben, qui sont à Al-Arroub pour quelques mois dans le cadre d’une mission du type "service civil international", ainsi que Malek et Nour, qui les hébergent dans leurs familles respectives. Ils ont entendu dire qu’il y avait des Belges dans le camp et sont venus pour nous voir. Nos jeunes Palestiniens n’ont pas l’air d’avoir vraiment envie de nous partager avec d’autres, mais la journée, à nouveau bien riche en rencontres et en émotions, se termine en musique, merveilleusement jouée à la guitare par Jeppe, à la derbouka par Malek et au violon par le beau et mystérieux Nour.

Musique vespérale
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Commentaires de Margot après cette première semaine en Palestine

« Je m’attendais à des horreurs à l’intérieur du camp, mais c’est encore plus grave que ce que j’imaginais. Ce qui me choque le plus, c’est ce que les jeunes m’ont dit des militaires israéliens stationnés à l’entrée du camp : ils n’ont vraiment pas grand chose à faire et, donc, s’ennuient à mourir. Ils tournent en équipes toutes les huit heures et chacune des équipes a son sport ou sa distraction préférée : s’amuser à tirer en l’air sur tout ce qui bouge (oiseaux, canettes qu’ils lancent eux-mêmes en l’air, ballon de foot des enfants qui jouent dans les rues du camp) ; organiser des descentes dans le camp à toute heure du jour et de la nuit pour "faire des contrôles d’identité" ; provoquer verbalement les habitants, les injurier, leur gueuler dessus sans raison... Pour se distraire, faire passer le temps, puisqu’il n’y a rien à faire. Des soldats qui sont de grands adolescents armés, à qui tout est permis et qui sèment la terreur comme dans les plus durs quartiers de Bruxelles ou Charleroi. » [6]

« Je suis effrayée d’apprendre qu’on met des enfants en prison et que, dans les prisons, il n’y ait pas de département plus spécialement prévu pour eux. Mais ça me fait chaud au cœur de savoir qu’il y a une énorme solidarité entre Palestiniens et que, dans les prisons, les plus âgés s’occupent des plus jeunes, qu’ils organisent des cours pour que les enfants ne prennent pas trop de retard dans leur scolarité. »

« Je n’en reviens pas que les Palestiniens soient emprisonnés sans avoir droit à un avocat, sans pouvoir recevoir de visites de leurs familles et pour des motifs imaginaires ou montés de toute pièce. Accusés par exemple d’avoir lancé des pierres alors que, dans les faits, l’enfant était à l’école, comme c’est le cas, par exemple, du plus jeune fils de l’homme qui nous a parlé dans la tente de la solidarité à Silwan. J’ai du mal à avaler que les jugements soient aussi habituellement postposés : les prisonniers palestiniens attendent parfois plusieurs années avant d’apprendre les raisons pour lesquelles ils ont été enfermés. C’est inconcevable ! »

« Je suis atterrée d’apprendre qu’il y a des pratiques de tortures courantes. Ca me fait penser à une prison américaine à Cuba à une certaine époque, où il se passait des choses pas très nettes non plus… »

« Qui peut m’expliquer pourquoi, quand un Israélien est emprisonné, on en parle tout le temps dans la presse occidentale, alors que personne ne dit un mot de ce qui se passe pour les Palestiniens enfermés dans les geôles israéliennes ? »

Voir les photos des enfants et jeunes d’Al-Arroub

Lire la suite du voyage


[1Pour rappel, il s’agit de l’un des centres culturels de l’association « Les Enfants, le Jeu et l’Education ».

[2Voir ici un petit aperçu de la dabkeh à Al-Arroub.

[3Lire l’interview de Ribal réalisée en avril 2009 au camp de Aïda.

[4Voir un exemple d’atelier photo filmé en 2010.

[5Exemples de réalisations par l’atelier médias : films produits dans le cadre du projet “Re-imagining", un programme d’ateliers de contes et médias dirigé par “ Voices Beyond Walls” au camp de réfugiés de Al-Arroub en Juin/Juillet 2010.

[6A ce sujet, lire les témoignages d’anciens soldats recueillis par l’organisation israélienne Breaking the silence.