Informations données par Marianne Blume lors de la Journée de Formation 1 - 2/10/10

samedi 1er octobre 2011
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En ce samedi 2 octobre 2010, Marianne Blume répond aux questions des jeunes du groupe 2011.


1. La manière dont les choses sont présentées dans les média (pas de réelle contextualisation) nous laisse dans une impression de confusion totale aussi bien au niveau géographique (Cisjordanie, Gaza = ?) que politique (impression qu’il y a des attentats tout le temps) : help Marianne !

Depuis toujours le rêve sioniste est de reconstituer le "Grand Israël" : de la Méditerranée à l’Euphrate (Irak actuel). [1]

- Evolution de la population en Palestine (territoire anciennement sous mandat britannique) suite aux diverses vagues d’immigration juive :

1900 : 550.000 habitants, dont 50.000 Juifs
1918 : 700.000 habitants, dont 56.000 Juifs
1946 : 1.850.000 habitants, dont 608.000 Juifs
2010 :
- Israël : 7.619.600 habitants, dont 5.750.000 Juifs et 1.555.300 Arabes Israéliens [2]
- Cisjordanie et Gaza : 3,9 millions de Palestiniens, dont 1,7 milliions de réfugiés
- Jordanie, Liban et Syrie : 2.605.933 réfugiés palestiniens dont 607.017 dans des camps

Détail carte

- Dates importantes dans la constitution des territoires israélien et palestinien : voir le petit historique.

Avec la création des zones ABC résultant des Accords d’Oslo, l’occupation de la Cisjordanie par l’armée israélienne et la colonisation continue de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, le territoire palestinien est devenu extrêmement morcelé. Comment dès lors construire un Etat palestinien viable avec deux territoires complètement séparés (Cisjordanie et Bande de Gaza) dont l’un, la Cisjordanie, est réduit à un archipel d’îlots séparés par des colonies israéliennes toujours en expansion depuis 1967 ?

Détail carte

Du temps où on croyait encore à la paix, certains ont imaginé construire un viaduc ou un tunnel… Aujourd’hui, plus rien. Impossibilité pour les Palestiniens de circuler librement entre la Cisjordanie et Gaza (permis inobtenables). On a cassé ce qui restait encore du territoire palestinien.


2. Balfour, c’est quoi ?

A la fin de la première Guerre Mondiale, les Anglais et les Français se sont entendus pour se partager l’Empire ottoman vaincu, en fonction des ressources (eau, pétrole) et sans tenir aucun compte des habitants. Les Anglais avait monnayé le soutien du roi Abdallah de Jordanie pendant la guerre en lui promettant de lui donner des territoires (la « Palestine »). Mais, en parallèle, ils promettaient la même chose aux Juifs sionistes « sans préjudice pour les non-Juifs » : voir la déclaration Balfour.


(Source)


3. D’où vient l’idée de créer Israël ?

Petit rappel : le XIXe siècle voit l’éveil de la notion de « nation ». L’idée naît qu’il faut que les Juifs du monde aient leur propre terre/Etat. Considérés depuis le Moyen-Age comme ayant livré Jésus et cibles de nombreux préjugés, ils sont rejetés par l’Europe majoritairement chrétienne. En Europe orientale, ils sont victimes de pogroms (attaques massives contre les Juifs pour les bastonner, les tuer).

Les mouvements sionistes, à la suite de Theodor Herzl, rêvent de créer un Etat pour les Juifs, administré par les Juifs. Ils pensent d’abord l’établir en Ouganda ou en Amérique du Sud, mais finalement, en lien avec l’histoire du peuple juif comme « Peuple Elu » habitant le royaume de David et de Salomon, ils optent pour la Palestine … et tant pis s’il y a déjà des gens sur place. Les Juifs sionistes se racontent alors l’histoire d’un « chez nous depuis toujours, dont les Romains nous ont chassés en 72 acn » : Le Grand Israël équivaut donc à la Palestine biblique. Il n’y a qu’à récupérer ce qui, en fait, leur appartient, et donc se débarrasser des Palestiniens. D’où la célèbre formule « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».


4. Israël dit être une démocratie ?

Israël se proclame Etat "juif et démocratique". Juif au sens religieux (le jour du Shabat, tout est fermé) mais aussi au sens ethnique : malgré le respect proclamé envers les nombreux musulmans et autres minorités religieuses, il existe en Israël une discrimination selon l’appartenance ethnique. Israël fait une distinction, sur les documents d’identité de ses citoyens, entre citoyenneté et nationalité.

Détail carte

Tous les ressortissants d’Israël sont de citoyenneté israélienne, mais de nationalité juive, druze, circassienne, bédouine ou arabe. Ceci a de nombreuses implications, en matière d’obligations militaires, d’accès à l’instruction, au logement, etc. [3]

Lieberman (ministre des affaires étrangère actuel) prône le « transfert » des Palestiniens d’Israël (environ 1.200.000 personnes) en Cisjordanie contre le transfert des Juifs installés dans les colonies en Cisjordanie. Cette idéologie est raciste : « un Etat rien que pour nous » et les autres, dehors. A l’heure actuelle, on observe ce type de discours un peu partout en Europe et dans le monde, mais peu de dirigeants en font état aussi ouvertement.

Israël est en fait une « démocratie schizophrénique » dans laquelle en principe tous les citoyens ont des droits, peuvent voter, exprimer leur opinion, alors que toute une série de droits sont réservés aux Israéliens juifs et que dans les territoires occupés de Cisjordanie il s’agit d’un régime purement militaire, où l’armée israélienne décide de la vie quotidienne de tout le monde.


5. Qui est quoi ? C’est quoi « être juif ? Peut-on devenir Juif ? Quelle est la différence entre juif et israélien ?

Un Israélien est un ressortissant d’Israël (et colonies en Palestine occupée) qui possède une carte d’identité israélienne et jouit donc de la citoyenneté israélienne mais n’en a pas nécessairement la nationalité (voir plus haut). Les Israéliens sont majoritairement juifs (76%, venus du monde entier), puis musulmans, chrétiens, ... Bon nombre d’Israéliens juifs sont d’origine arabe : Séfarades (Maghreb), Mizrahim (Moyen-Orient). Plusieurs pays arabes abritent encore une commuauté juive (Syrie, Irak, ...). Et par ailleurs il y a des milliers de juifs dans le monde qui ne sont pas Israéliens.

Un Palestinien est un ressortissant de Palestine, musulman, chrétien ou samaritain/juif, vivant soit en Israël (Palestiniens de 48), soit en Cisjordanie et à Gaza (dans des camps de réfugiés ou non), soit en exil à l’étranger (Jordanie, Liban, Syrie) dans des camps de réfugiés ou non, soit ailleurs (USA…).

Peu de Juifs dans le monde sont religieux (comme peu de chrétiens le sont ici). Etre juif, c’est être « de culture judaïque » mais c’est surtout avoir le sentiment d’appartenir à une tradition, une famille, une histoire commune. Différence entre judaïsme et judéité : il est possible de se convertir au judaïsme (même si c’est long et difficile !) mais, dans la tradition hébraïque, on ne devient pas Juif, on l’est de naissance par la mère.


En Israël, certaines personnes (par exemple celles originaires des pays de l’ex-URSS) souhaitent se convertir au judaïsme et suivent des cours dans des yeshiva, mais ces conversions ne sont pas toutes acceptées par Israël qui a peur d’être envahi. [4]. Ces dernières années, pour contrer la démographie arabe en expansion et la baisse de l’« Alya », les autorités israéliennes se sentent poussées à accepter des conversions. [5]

Confusion aujourd’hui entre juif et israélien : si je critique Israël, je ne dis rien contre les Juifs. Je critique la politique d’un Etat qui a une politique raciste. De même, ce ne sont pas les Juifs qui occupent la Palestine, mais les Israéliens. [6]


6. Les Juifs sont-ils tous égaux en Israël ?

La classe juive dominante est celle des Askhénazes (30%), nés en Israël ou provenant d’Europe (familles rescapées de la Shoah et/ou décimées par les camps d’extermination nazis) ou des Etats-Unis (issus de familles qui ont émigré aux USA avant ou pendant la 2ème guerre mondiale) . Ils regardent souvent de haut les autres juifs israéliens (70%) venus du Maghreb (Séfarades), du Moyen-Orient (Mizrahims) ou d’Ethiopie (Falashas). Ces dernières catégories n’ont pas connu les pogroms et le judéocide nazi, mais puisque Israël ouvrait ses portes à tous les Juifs du monde, ils y sont allés dès 1948 (et massivement après 1967, en ce qui concerne les Juifs arabes).

En principe (dans la loi), il n’y a pas de hiérarchie entre les deux groupes, mais dans les faits, oui : par exemple les dirigeants sont pour la plupart askhénazes (les Juifs « arabes » vont moins à l’université et occupent souvent des emplois subalternes). Après 1967, les nouvelles constructions sont réservées aux Askhénazes alors que les Juifs arabes ne reçoivent que les vieilles maisons palestiniennes dont les habitants ont été chassés.

Les Juifs venant du Maghreb ou du Moyen-Orient auraient pu faire la jonction avec les pays arabes voisins. Mais ils ont craints dès leur installation d’être perçus comme des traîtres, Israël ayant montré depuis le début sa volonté de ne pas s’intégrer dans le Proche-Orient arabe. Il se considère comme faisant partie de l’Occident, moyen pour les USA (meilleurs alliés d’Israël) d’avoir une base stratégique au « Moyen-Orient », pour y « imposer la démocratie » (en soutenant des régimes autocratiques comme l’Arabie saoudite ?).

Symptomatique : les pays arabes ont proposé en 2002 à Israël de permettre l’établissement d’un Etat palestinien en échange d’une normalisation de leurs rapports avec Israël (diplomatie, commerce) et de l’intégration d’Israël dans le monde arabe. Refus d’Israël : nous ne sommes pas un pays arabe.

N.B. : Au sujet de la hiérarchie entre Juifs en Israël, consulter le petit ouvrage d’Ella Shohat, « Le sionisme du point de vue de ses victimes juives » (La Fabrique, 2006).


7. Comment des Juifs peuvent-ils être de droite ? Comment peuvent-ils faire endurer aux Palestiniens ce qu’ils ont enduré eux-mêmes sous Hitler ?

Les dirigeants askhénazes sont d’origine européenne. Ils sont arrivés en Palestine avec une idéologie de gauche (retour à la terre, vie en communauté, partage, collectivisme). Ils n’ont pas voulu exploiter les travailleurs arabes locaux mais en sont progressivement arrivés à exploiter les Juifs arabes (principalement Séfarades). Ceux-ci se sentaient mal : culturellement proches des Arabes et dénigrés par les Askhénazes, qui leur répétaient de parler hébreu, d’arrêter de se conduire comme des Arabes. Souffrant d’un sentiment d’infériorité (les Juifs éthiopiens, eux, vivent dans des quasi bidonvilles !), les Séfarades se sont pour la plupart tournés vers des partis de droite comme le Likoud, en opposition aux Askhénazes « socialistes » fondateurs d’Israël. La société israélienne est éminemment divisée : en fait, s’il n’y avait pas l’ennemi commun palestinien, elle volerait probablement en éclats.

L’attitude des Israéliens par rapport aux Palestiniens peut s’expliquer de différentes façons : par un regain de l’opposition multiséculaire entre Occident et monde arabe-musulman (remise au goût du jour par le théorie du « choc des civilisations »), par mentalité coloniale, ou bien par une sorte de vengeance/revanche des Juifs par rapport à ce qu’ils ont subi en 40-45 - ce n’est pas parce qu’on a souffert qu’on ne fera pas souffrir... Les juifs israéliens grandissent dans l’idée, l’idéologie « tout le monde nous en veut depuis toujours, on est seuls contre tous. » C’est ce qu’on a appelé le « complexe de Massada » [7], lequel s’est trouvé renforcé par le judéocide commis par les nazis. La qualité primordiale de l’Israélien est désormais de se battre : « plus jamais on ne se laissera faire. Désormais, nous tuerons tous nos ennemis ».

A ce sujet, voir le film "Pour un seul de mes deux yeux" d’Avi Mograbi, et notre visite au musée de la Haganah en 2009.


8. Est-ce que tous les Israéliens sont d’accord avec ce qui se passe ?

Toute nation repose sur des mythes fondateurs (Belgique : mythe d’Ambiorix, par ex.). La nation juive a été rêvée au travers de l’histoire racontée dans la Bible et d’autres mythologies qu’on met dans la tête des enfants à l’école et des soldats à l’armée : le mythe d’une terre sans peuple pour un peuple sans terre, le mythe de faire refleurir le désert, le mythe du peuple élu, envié donc persécuté. Il est difficile de faire évoluer les idées dans un contexte où règne une idéologie de propagande aussi forte. Ainsi, aujourd’hui, les jeunes Israéliens, une fois leur service militaire accompli [8] n’ont qu’une idée en tête : s’amuser, voyager, aller fumer de l’herbe à Katmandou, … Toute discussion idéologique est impossible tant ils sont enfermés dans un système, sauf si leur propre famille les oblige à réfléchir. Certaines familles sont outrées de voir à quel point les principes qu’elles ont transmis à leurs enfants (respect…) sont transgressés à l’armée : « que faites-vous à nos enfants ?! »


Il existe plusieurs organisations israéliennes qui pensent qu’« il y a une limite ». Malheureusement, il s’agit d’une minorité à qui le restant de la population israélienne mène la vie dure (ce sont des « traîtres ») : certains juifs religieux, pour qui la situation est en contradiction avec leur conscience religieuse, des laïques ou des politiques qui sont contre l’occupation, des jeunes courageux (par exemple ceux des « Anarchistes contre le mur » qui se font tabasser lors de manifestations, par exemple à Bil’in), des militaires qui refusent de servir dans les territoires occupés (les « refuzniks », souvent emprisonnés pour un temps variable), des dames âgées qui vont observer comment les soldats israéliens traitent les Palestiniens aux checkpoints (« Machsom Watch »), un groupe israélo-palestinien mixte (« Taayush ») qui lutte contre l’occupation et apporte son aide aux villages palestiniens, etc. Mais chacun fonctionne un peu de son côté…

Il faut soutenir les Israéliens qui ont une autre vision que la majorité. [9]


9. C’est quoi « les colonies » ? Qui sont les colons ? Quel impact sur les Palestiniens ?

En Cisjordanie, il y a différents types de colonies / colons, on peut mentionner entre autres :

- dans et autour de Jérusalem-Est, des colonies « politiques » dont le but est d’isoler la ville de la Cisjordanie. Les colons y sont en général des Israéliens assez pauvres, dont beaucoup sont originaires de Russie ou d’Ukraine (+ une poignée de colons fanatiques, par exemple dans le quartier de Sheikh Jarrah) ;

- à Hébron, des colonies « religieuses ». Les colons (500) y sont des fanatiques racistes "protégés" des habitants palestiniens par 1500 soldats. [10] Ils font des descentes et attaquent en toute impunité les Palestiniens ;

- dans les grands blocs ("Goush") proches de la Ligne verte, des colonies « économiques », dont certains habitants voudraient quitter les territoires occupés mais demandent des dédommagements à l‘Etat d’Israël ;

- ailleurs en Cisjordanie, des colons « idéologiques » qui veulent racheter ou s’accaparer la « terre d’Israël qui leur appartient depuis toujours ».


(Source carte : Americans for Peace Now)

Le problème est que ce sont les colons qui font la politique d’Israël, imposent leurs desideratas au gouvernement.

Les colons descendent régulièrement de leurs collines pour tabasser les Palestiniens et saccager leurs oliviers et leurs récoltes. A Qalqilya, ville complètement encerclée par le Mur et coupée de ses terres, les paysans doivent attendre que les soldats daignent ouvrir le point de passage pour aller travailler dans leurs champs. Or Israël se sert d’une vieille loi ottomane pour récupérer les terres qui n’est pas cultivée pendant un certain temps. Il faut avoir un permis pour aller travailler, difficile voire impossible à obtenir : le propriétaire d’un champ, n’ayant pas d’ouvriers (pas de permis), est obligé de faire travailler sa famille.

Dans la bande de Gaza, il n’y a plus de colonie depuis septembre 2005. Avant, les colonies avaient pris les meilleurs terres et divisaient Gaza en 3 morceaux : plus de contact, Palestiniens isolés = contestation plus difficile ! (Une fois les nappes phréatiques devenues salées et donc inutilisables, les colons ont été rapatriés en Israël en 2005.


10. Gaza, c’est quoi le problème ? Pourquoi lancent-ils des roquettes sur Israël ?

Petit rappel de l’évolution de la situation à Gaza depuis la création d’Israël

- 1949 : fin de la première guerre israélo-arabe, les 22% de la Palestine non intégrés à Israël sont partagée entre la Jordanie (Jérusalem-Est et Cisjordanie) et l’Egypte (bande de Gaza)

- 1967 : Israël conquiert la bande de Gaza et la Cisjordanie : installation de colons, utilisation des ressources palestiniennes (eau)

- 1987 : « la révolte des pierres » (première intifada) débute à Gaza, avant de s’étendre à l’ensemble des territoires occupés jusqu’en 1993 (ouvertures de négociations avec Israël)

- 1993-95 : Accords d’Oslo : l’OLP obtient la gestion de Gaza, l’Autorité palestinienne et le président Yasser Arafat s’y installent. Le Fatah accepte les Accords d’Oslo (création des zones A-B-C), le Hamas les refuse.

- 2000 : échec des négociations avec Israël pour régler le statut de la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. Promenade d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem : début de la seconde intifada.

- 2001 : début de l’assignation à résidence de Yasser Arafat à Ramallah (Cisjordanie)

- 2002 jsq aujourd’hui : construction du mur par Israël en Cisjordanie

- 2002 –2003 : en réponse à des attentats du Hamas en Israël, représailles et raids d’Israël sur Gaza, destruction des bureaux de Yasser Arafat à Gaza, barrages routiers coupants en deux la bande de Gaza

- 2003 : l’ONU place le Hamas sur la liste des organisations terroristes

- 2005 : évacuation des colonies israéliennes de la Bande de Gaza, sans concertation avec les dirigeants palestiniens

- 2006 : Victoire du Hamas aux élections / incursion de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

- 2007 : affrontements entre militants du Fatah et du Hamas à Gaza ; le Hamas prend le contrôle de la Bande de Gaza. Le blocus de la bande de Gaza est imposé depuis lors [11].

La vie à Gaza de 1948 à 2007 (début du blocus par Israël)

Gaza est un territoire de 50 km de long sur 1 km de large « sous autorité palestinienne » où s’entassent 1.500.000 Palestiniens. Principalement du sable mais intéressante par rapport à l’Egypte voisine.


La population de Gaza vivait mal l’occupation israélienne : humiliations et fouilles quotidiennes, conditions de travail déplorables (salaires inférieurs de moitié aux salaires israéliens), autorisations pour se déplacer, etc. Des colonies israéliennes s’y étaient implantées depuis 1967 et détournaient des sources d’eau à leur profit [12]. Tout ceci explique sans doute la Première Intifada de 1987 à 1993.

Lors de celle-ci, les Gazaouis avaient imaginé partir en grève, mais c’était inutile de fermer leurs magasins : ils étaient les seuls à y faire leurs achats ! L’occupant vivait dans ses colonies, et donc impossible de l’atteindre. Comment résister quand on est en prison ? Question qui divise les Palestiniens... Certains se sont mis à envoyer des kesem (tuyaux de plomberie + fusée à la Tintin, sorte de « casseroles volantes ») sur Sdérot. Israël a utilisé ces « attaques terroristes » dans les médias pour justifier sa politique de répression envers Gaza. [13]

Pour Israël, la bande de Gaza est synonyme de Hamas, et est donc une « entité ennemie », ce qui justifie d’après Israël de la transformer en véritable prison à ciel ouvert. Les Israéliens y entrent quand ils veulent. Les nuits des Gazaouis résonnent du bruit constant des hélicoptères israéliens invisibles (feux éteints) : ils ne peuvent sortir de la Bande de Gaza même s’ils sont malades ; certains produits n’entrent plus (choco, mayonnaise : dangereux ?)… tout cela crée un sentiment d’impuissance qui pousse les gens à avoir envie de faire n’importe quoi, pour dire « on existe ! »

La vie à Gaza sous blocus israélien, de 2007 à aujourd’hui

A l’époque des Accords d’Oslo (1995), les Palestiniens pouvaient encore circuler entre Gaza et la Cisjordanie, même s’ils devaient passer par des checkpoints. Ces Accords devaient mener à la paix, mais depuis 2007 Israël entoure la bande de Gaza de fils barbelés, patrouille mer et airs, bref l’enferme en ne laissant que deux entrées : l’une vers Israël, l’autre vers l’Egypte (dont Israël contrôlait le passage jusqu’en mai 2011 !).

Pas un camion de marchandises ne rentre ni ne sort de Gaza : un camion venant de Gaza sera entièrement déchargé au point de passage, chaque cageot. du contenu contrôlé (cela peut prendre de 3-4 jours à 3 mois, le temps que les marchandises périssables commencent à pourrir) puis rechargé dans un camion israélien : pertes énormes, coût des marchandises plus élevé, d’où ventes en chute libre.

Avant les Accords d’Oslo, il y avait 25.000 marins-pêcheurs. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 3000 et ne peuvent plus pêcher que des alevins en raison de la destruction de l’écosystème. Les Israéliens tirent parfois sur les bateaux ou confisquent les moteurs, ce qui freine la production.

Avant, il y avait des orangers et citronniers dans le nord. L’Europe a aidé à la construction d’une usine à jus, mais elle ne peut fonctionner car Israël interdit l’entrée de plastique et de bouchons. Donc impossible de vendre la production.

Israël autorise 8h d’électricité par jour, l’une des conséquences est que les:opérations sont impossibles dans les hôpitaux.

Le but des sionistes est d’avoir une terre pour les Juifs qui soit libérée du plus de Palestiniens possible. D’où la déstructuration de la bande de Gaza, de sa population, de la société palestinienn. Israël fait en sorte que les Palestiniens deviennent des individus qui n’arrivent plus à penser à un Etat palestinien vers l’extérieur, Israël a mis un système de propagande bien huilé (facebook…) : ceux qu’il appellent des terroristes sont, en fait, des résistants (y compris sans armes).


11. Pourquoi les autres pays arabes n’aident-ils pas davantage les Palestiniens ?

Les dirigeants du monde arabe ont peur des Palestiniens qui veulent une démocratie, alors que la plupart des pays arabes n’en sont pas. Des fois que leurs populations demanderaient la même chose (des droits)…Ce qui est en train de se passer avec les révolutions du « Printemps arabe » !



[1Israël n’a pas de Constitution, donc pas de frontières inscrites et stables.

[2Aussi dénommés "Palestiniens de 48".

[3Ainsi, pour ce qui concerne le service militaire, celui-ci est :
a) obligatoire pour les hommes et les femmes de nationalité juive,
b et c) obligatoire pour les hommes de nationalité druze ou circassienne,
d) permis sur base volontaire pour les hommes de nationalité bédouine
e) interdit pour toute personne de nationalité arabe. Toutefois, ces derniers, moyennant interrogatoire préalable, peuvent, s’ils le désirent, non pas faire leur service militaire, mais s’engager sur une base volontaire dans des unités professionnelles. C’est cet accès au service militaire qui détermine la plupart des implications dans les autres domaines : par exemple, l’instruction supérieure est gratuite pour ceux qui ont rempli leurs obligations militaires mais payante pour les citoyens israéliens de nationalité arabe. Dans la réalité quotidienne, cette distinction aboutit à faire de ceux qui ont la "nationalité" juive des citoyens de première classe et de ceux qui ont la "nationalité" arabe des citoyens de dernière catégorie. Ceci s’est tragiquement vérifié lorsqu’en octobre 2000 l’armée israélienne - à qui il est strictement interdit de tirer contre des Juifs - ouvrit le feu à balles réelles sur des Arabes israéliens qui manifestaient contre la répression israélienne dans les territoires palestiniens et fit treize morts et plusieurs dizaines de blessés parmi ceux-ci. Source : medea.be

[4Les rabbins nord-américains, eux, sont plus libéraux.

[5En Israël, le droit religieux s’applique au statut personnel (Halakha pour les juifs, droit musulman pour les Arabes israéliens). Ainsi, seuls les mariages religieux (devant un rabbin pour les juifs, un imam pour les musulmans, etc...) sont reconnus sur le territoire israélien. Le mariage civil n’existe pas en Israël ; toutefois Israël reconnaît les mariages effectués à l’étranger, ce qui permet aux Israéliens ne voulant pas, ou ne pouvant pas se marier devant une institution religieuse, de le faire à l’étranger (en général sur l’île voisine de Chypre) pour se voir reconnus comme mariés de retour en Israël. Cette situation concerne notamment de nombreuses personnes se définissant comme juives mais non reconnues comme telles par le rabbinat, ou alors dans le cas de mariages dits « mixtes » (judéo-musulman, judéo-chrétien, islamo-chrétien, etc...). (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_en_Isra%C3%ABl) Par ailleurs, depuis Sharon (2001), les mariages entre Israéliens et Palestiniens sont interdits ? Auparavant, le Palestinien qui épousait une arabe israélienne (ou l’inverse) obtenait la citoyenneté israélienne par son mariage. Aujourd’hui, il ne reçoit qu’un permis de 6 mois pour aller voir sa femme, ce qui rend pratiquement impossible le regroupement familial.

[6A propos de l’importance des mots et du refus des amalgames, lire le texte de Michel Staszewski : Israël-Palestine : une paix juste passe par le rejet de tous les racismes.

[7A l’époque romaine, les Juifs, en fait des « terroristes » contre le pouvoir en place, se sont réfugiés en haut d’une montagne dans la forteresse de Massada, que les Romains ont assiégée. Les Juifs ont préférer se suicider plutôt que de se rendre.

[8Trois ans obligatoires pour tous (filles et garçons), pendant lesquels ils subissent la violence intrinsèque à l’armée.

[9On en trouve de beaux exemples dans le livre de Karine Lamarche, "En attendant la chute du Mur".

[10Lire les témoignages de soldat·e·s recueillis par l’association israélienne Breaking the Silence.

[11Ce blocus est contraire à la résolution 1860 du Conseil de sécurité des Nations unies approuvée le 08/01/2009

[12Cf. le mythe sioniste de « faire refleurir le désert », d’où surexploitation de l’eau.

[13Dans les faits, en 10 ans, il y a eu 19 Israéliens tués contre 5000 Palestiniens.


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