Informations données par Michel Staszewski lors de la Journée de Formation II - 20/11/10

samedi 8 octobre 2011
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A lire aussi : le texte transmis par Michel Staszewski, "Israël-Palestine : une paix juste passe par le rejet de tous les racismes".

A. Film « Histoire d’une terre », partie 1 (Simone Bitton, 1992) [1]

Fin 19ème siècle

- Russie : dernier tsar, débuts des troubles révolutionnaires : les Juifs sont désignés comme la cause de tous les malheurs, d’où pogroms et massacres, et fuite. Quelques-uns inventent le sionisme = retour à Sion en Palestine

- Empire Ottoman. Dernier Sultan : Mehmet V. La Palestine est une province de cet empire où règne encore un système féodal : les paysans arabes travaillent une terre qui ne leur appartient pas. Ils accueillent les premiers immigrants juifs sans se douter de rien.

- Europe : Affaire Dreyfus en France, développement de l’antisémitisme ; à la suite de Theodor Herzl (« si même en France… ! »), le mouvement sioniste lance l’idée d’un Etat juif càd pour les Juifs, où ils seraient entre eux, à l’abri.

- Palestine : des Juifs originaires d’Europe achètent des terres « à livrer vides d’habitants » (= les paysans arabes perdent maison et travail). Début de l’aventure collectiviste : vie en kibboutz, on partage tout… entre Juifs (8% de la population en 1910).

Début 20ème siècle

Le Sultan ne maîtrise plus le pouvoir, s’allie aux Allemands lors de la Guerre 14-18. Défaite des Allemands. La France et l’Angleterre se partagent l’ex-Empire Ottoman (Syrie, Liban - Irak, Palestine).

- 1917, Mandat britannique sur la Palestine jusqu’en 1947. Mais l’Angleterre promet le territoire à la fois aux Arabes (promesse d’un grand royaume) et aux Juifs (Lettre de Balfour : création d’un foyer juif en Palestine) = trahison pour les Arabes de Palestine.
Immigration importante de Juifs // hostilité grandissante des Arabes, émeutes et massacres.

- 1933, arrivée d’Hitler au pouvoir : recrudescence de l’immigration juive en Palestine

- 1936, appel au soulèvement général des Arabes contre l’occupation britannique et l’immigration juive : 6 mois de grève générale, attentats = "Première Intifada", jusqu’en 1939. Répression sanglante par l’armée britannique. Lutte inégale, les Arabes s’épuisent : partisans pendus, leaders déportés, milliers de morts.

En parallèle, les Juifs continuent à construire de nouvelles colonies : montent des préfabriqués en quelques heures = technique du « fait accompli ». Toute la jeunesse juive est engagée dans des mouvements paramilitaires. Ben Gourion (Juif polonais) prépare l’Etat juif

A l’approche de la seconde guerre mondiale, les Anglais veulent s’assurer que les Arabes ne s’allieront pas avec les Allemands : « Livre Blanc » qui prévoit de soumettre l’immigration juive à l’accord des Arabes, ce qui rend les Juifs de Palestine furieux. De toute façon, l’immigration (clandestine) continue (> Allemagne et alliés nazis !)

Guerre 40-45 et suites

Des brigades juives se battent aux côtés des Anglais, alors que se révèle petit à petit l’ampleur et l’horreur du judéocide (Shoah). Grande culpabilité des Européens. Mais quotas d’immigration stricts dans tous les pays : personne en Europe ne veut (peut) plus accepter les survivants des camps. Discours sioniste : « Vos frères vous attendent en Palestine ». L’immigration juive en Palestine continue, espoir d’une meilleure vie.

- 1946. Les juifs de Palestine ne parlent plus d’un « foyer juif » mais d’indépendance. L’alliance avec les Anglais est finie. Ben Gourion se tourne vers les USA : versement de 50.000.000 $ / an aux sionistes. Création de la Haganah (milice juive armée) ; centaines d’attentats contre les Anglais et les Arabes. Des bateaux d’immigrants juifs forcent le blocus anglais. Les Anglais arrêtent des radicaux juifs mais sont accusés d’antisémitisme. La Palestine devient un fardeau encombrant pour l’Angleterre qui décide de s’en séparer.

- 1947. L’ONU envoie une commission d’enquête internationale en Palestine pour juger de la situation. Dans le but de les influencer, la Haganah organise des actions et braque les regards sur l’Exodus 1947, un bateau d’immigrants juifs que l’Angleterre refuse de laisser entrer : ces rescapés des camps seront refoulés vers l’Allemagne ! La Commission décide la fin du mandat britannique et propose la partage du territoire palestinien en 2, dont 55% pour les Juifs (1/3 de la population), ce qui implique que des Arabes devront désormais vivre sous un gouvernement juif.

Pour les Arabes de Palestine, ce projet, présenté comme un projet humanitaire, est un scandale. « La Palestine est arabe ! Si les Européens veulent offrir une terre aux Juifs pour se racheter de leur lâcheté, qu’ils leur en trouvent une en Europe ! »

Le partage (voté en 1947 à l’ONU par 33 voix contre 13 + 10 abstentions) provoque un bain de sang sous le regard impassible des Anglais dont le mandat se termine bientôt.

- 1948 : Proclamation de l’Etat d’Israël. Dès le lendemain, les troupes arabes entrent en Palestine (intérêts pas nets : Abdallah de Jordanie négocie secrètement avec les Israéliens, Farouk d’Egypte ne veut pas y perdre…). Israël est bien organisé et armé, les armées arabes sont vaincues. La Jordanie reçoit le contrôle sur la Cisjordanie et Jérusalem-Est, l’Egypte sur la Bande de Gaza. Jérusalem, supposée être une ville internationale, mais est en fait coupée en 2, avec la partie ouest en Israël.

Pour les Juifs, 1948 est l’année de la libération, indépendance par rapport aux Anglais. Pour les Arabes c’est l’année de la catastrophe, la Nakba. L’armée juive chasse la population palestinienne du nouveau « territoire israélien » (villages brûlés, massacre de Deir Yassin [2], etc.) Les populations arabes en territoire conquis par Israël tentent de résister mais finissent par fuir, terrifiées. Exil forcé vers la Jordanie (Cis et Trans), Gaza, le Liban, la Syrie, ou plus loin.

- 1949 : premiers camps de tentes organisés par l’UNRWA pour tous les paysans désormais sans-abris. Distribution de cartes d’alimentation. En parallèle, Israël est admis à l’ONU. Les représentants arabes quittent la salle en signe de protestation. Israël a pris l’engagement de respecter les droits des réfugiés palestiniens, mais il n’en fait rien. Au contraire : vote de la loi des « Présents-Absents » = les maisons abandonnées par les Palestiniens en fuite sont attribuése aux fonctionnaires et militaires israéliens

Nouvelles vagues d’immigration juive : en provenance des pays "arabes", Juifs qui n’ont connu ni l’antisémitisme ni le génocide. Il ne reste plus que 150. 000 Arabes dans l’Etat juif. Ils sont soumis à l’administration militaire, à la censure, ont interdiction de circuler et sont coupés des autres Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza où les camps de tente deviennent peu à peu des camps en dur. Les enfants des premiers réfugiés grandiront, prendront les armes et déclencheront bien plus tard (en 1987) ce qui est au fond la Deuxième Intifada

Voir partie 2 du film : Israël envahit et occupe la Cisjordanie et Gaza (1967), d’où nouvelle vague de réfugiés/exilés, colonisation juive dans les territoires occupés. Et, à l’aube du XXIe siècle : blocus de Gaza, construction du mur en Cisjordanie…

B. Commentaires et informations par Michel Stachewski

Michel : Professeur d’Histoire, préoccupé de pédagogie politique.
A 14 ans, il a fait un voyage dans les territoires occupés et vu les dégâts. Devant ce qu’il reste du quartier détruit (600 maisons palestiniennes) pour faire place à l’esplanade devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, il demande ce que les habitants sont devenus... Sur le plateau du Golan (Syrie), il réagit lorsqu’il entend ses camarades de classe applaudir devant les restes calcinés d’un bus. Cela lui fait prendre conscience qu’il réagit différemment. A 18 ans, il est mis à la porte de son mouvement de jeunesse pour ses positions face à la politique menée au Proche-Orient. Il est recruté par l’UPJB jeunes. Appartient à la gauche juive non sioniste. Pense qu’il ne suffit pas d’être non sioniste : il faut aussi combattre le sionisme. Laisse passer plusieurs années entre ses voyages en Israël/Palestine (67 – 80 – 97 – 03 – 10) et assiste à la colonisation progressive du pays par les Israéliens : expérience psychologiquement difficile pour lui. N’a jamais réussi à entrer à Gaza.

Michel nous dit que pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il faut parler idéologie et psychologie : il est important de comprendre que le traumatisme juif (milliers de morts dans les pogroms, millions de morts pendant le génocide) est tel que la majorité des juifs sont devenus idéologiquement sionistes : c’est devenu presque obligatoire de l’être. (Les vrais sionistes ont longtemps été minoritaires). Les gens comme Michel sont perçus comme des traîtres, ou des malades mentaux qui se haïssent eux-mêmes.

1. Antisémitisme et anti-judaïsme, synonymes ?

L’anti-judaïsme est une notion chrétienne : c’est l’idée que les juifs sont déicides, puisqu’ils ont tué Jésus de Nazareth. L’antisémitisme est une notion plus récente (1870) qui considère que les Juifs sont biologiquement différents et sont donc une race (ce qui est faux).

2. C’est quoi, « être juif » ?

Etre juif, pour Michel et sans volonté de généraliser, c’est avoir le sentiment d’appartenir à une communauté de destin, avoir eu une éducation (religieuse) juive mais surtout être le descendant d’une famille persécutée. C’est avoir une attache culturelle avec d’autres Juifs (croyants ou non croyants) qui ont cette histoire de persécution en commun. Ce qui est inacceptable par contre, c’est qu’on utilise les morts victimes du racisme anti-juif pour justifier le racisme israélien actuel.

Il n’y a pas de « peuple juif ». C’est un mythe de considérer que les juifs du monde entier forment un peuple. De même en ce qui concerne la Diaspora, laquelle donnerait un droit historique des juifs sur la terre de Palestine : s’il y a des juifs dans le monde entier, c’est qu’il y a eu des conversions de chrétiens (ou autres) au judaïsme et plein de mouvements migratoires au cours des siècles [3]. Par contre, il y a bien une nation israélienne, constituée sur le dos des Palestiniens

3. C’est quoi, le sionisme ?

Le sionisme est basé sur une vision très pessimiste du monde : l’histoire des juifs est faite de persécutions et donc les juifs ne seront en sécurité que s’ils vivent entre eux… Façon de voir qui rencontre le discours antisémite. Il y a le mythe d’ « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Dans la réalité, il y avait des gens sur cette terre, dont quelques juifs qui parlaient arabe et s’habillaient à l’ottomane. [4]

Pour les sionistes, les Juifs du monde entier constituent une nation, doivent vivre ensemble sur un même territoire autonome [5], « Eretz Israël » (aux frontières assez floues, mais en tout cas plus large que celles de la Palestine si on s’en réfère à la Bible), et adopter l’hébreu comme langue de communication. [6]

L’idée était de créer une colonie juive en Palestine, d’où l’achat de terres aux paysans arabes. [7] Mais cela leur ôte leur gagne-pain et leur travail... Ben Gourion faisait partie d’un mouvement soi-disant sioniste-socialiste : en fait nationaliste. Sous prétexte de ne pas vouloir « exploiter » les travailleurs arabes, ils les expulse.

4. En quoi a consisté le partage du territoire palestinien ?

Un autre mythe est que l’attaque des armées arabes (Egypte, Irak, Jordanie, Liban, Syrie) au lendemain de la proclamation de l’Etat d’Israël (14 mai 1948) marque le début de la première guerre israélo-arabe. En fait, à ce moment-là, environ 400.000 Palestiniens sont déjà exilés. La guerre commence plus tôt : dès le vote du plan de partage de la Palestine en 2 Etats par l’ONU le 29 novembre 1947 (55% juif, 45% arabe). Cette résolution a été votée de justesse (il fallait 2/3 des voix) contre l’avis de tous les Etats arabes. A noter le poids de l’Europe à cette époque (peu de pays du tiers-monde représentés). Elle est inacceptable pour les Palestiniens.

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En 1967, Israël attaque et envahit le Sinaï (qu’il rendra en 1979 à l’Egypte)), le plateau syrien du Golan, la Bande de Gaza et la Cisjordanie. Des centaines de milliers de Palestiniens fuient. C’est le début de la colonisation des territoires occupés. [8]

En 1988, la Jordanie renonce à la souveraineté sur la Cisjordanie ; l’OLP accepte le principe du partage de la Palestine et proclame l’Etat de Palestine sur les 22% du territoire laissé par Israël après 1967.

Israël ne reconnaît pas la Palestine et poursuit la colonisation : aujourd’hui, il reste aux Palestiniens environ 12% du territoire de la Palestine mandataire (d’avant 1948)

5. Qui vit où ?

L’obsession israélienne va au-delà du partage. Ils veulent la séparation complète des deux populations. Le problème est qu’il y avait, et il y a encore des Arabes dans toute la Palestine (mandataire), les populations juives et arabes d’Israël sont inextricablement mêlées.

Comment vivre ensemble quand les différences culturelles sont aussi importantes (outre les différences sociales riches /pauvres – paysans/villes) ? La seule possibilité est qu’il y ait le respect du principe d’égalité des droits de tout le monde : respect des droits individuels et respect des droits des minorités.

Ceci est tout le contraire de ce qui se passe : la dictature de la majorité juive. De ceci découle l’obsession démographique qui anime les Israéliens depuis toujours : il faut qu’il y ait le moins possible d’Arabes sur le territoire. Ce qui explique les expulsions, la politique de terreur (cf. massacre de Deir Yassin), l’exil forcé sans droit au retour. [9] A peu près deux tiers des Palestiniens, ce qui représente environ dix milliions de personnes, vivent hors de Palestine.

6. L’Europe reste plutôt pro-Israël, pourquoi ?

Outre la culpabilité ressentie par rapport au judéocide, il y a des préjugés par rapport aux Arabes (autre culture), qui depuis les attentats du 11-Septembre contre les tours jumelles à New York, se double d’un sentiment de peur vis-à-vis de l’islam. Les Européens ont une vision très « religieuse » du conflit israélo-palestinien. C’est une erreur. En réalité, les Israéliens les plus intransigeants (dont Lieberman, Sharon…) ne sont pas des religieux. Ils veulent l’expulsion de tous les Palestiniens.


[1Juive d’origine marocaine, Simone Bitton a vécu en Israël et est installée en France. Cinéaste engagée. Son film est un document honnête qui casse une image simpliste de l’histoire du sionisme et a scandalisé les sionistes car contraire au discours officiel.

[2cf. Oradour en France en 40-45.

[3Lire l’excellent « Comment le peuple juif fut inventé », par l’historien israélien Shlomo Sand.

[4N.B. : La majorité des juifs présents en Palestine avant la colonisation sioniste (environ 5% de la population totale) n’étaient pas des paysans, contrairement aux habitants arabes.

[5L’idée d’autonomie n’impliquait pas que cet Etat doive être réservé aux seuls Juifs. Il y avait des sionistes (une minorité) qui se rendaient compte qu’il y avait une population palestinienne et ne voulait pas la chasser. Entre 1920 et 1930, ils se prononçaient pour que deux Etats soient créés : l’un juif, l’autre arabe

[6A noter : il y a beaucoup de Juifs qui n’ont aucune intention d’aller s’installer en Israël.

[7Il n’y avait pas de frontières dans l’Empire ottoman. Les habitants de l’endroit étaient simplement appelés « Arabes de Palestine ». Ils avaient le sentiment d’appartenir à la nation arabe, mais pas à la Palestine en particulier. Ce n’est qu’après que la France et l’Angleterre se furent partagé le territoire (sans tenir compte de qui vivait où), que le sentiment national palestinien s’est construit : en réaction à l’occupation anglaise, puis à la colonisation israélienne.

[8La colonisation ne s’est plus arrêtée depuis lors, même sous les gouvernements travaillistes.

[9Droit pourtant reconnu par la résolution 194 des Nations-Unies


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