Mazen Abou Haneiyeh, Camp de Aïda, Bethléem 09/04/2009

lundi 28 décembre 2009
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Lire le compte rendu de notre rencontre avec Mazen, le jeudi 9 avril 2009

Interview au second étage (encore en chantier) du centre Al-Rowwad, Traduction de Oussama (31 ans)

Interview Mazen
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Bonjour la Belgique ! Je m’appelle Mazen. J’ai 19 ans, je suis en dernière année au lycée. Je participe aux activités organisées par le centre Al-Rowwad, dont « Images for life » (atelier photo) et les activités de la section Art : je suis dans un groupe de rap et je fais aussi du théâtre. Là, nous sommes en train de mettre sur pied l’expo de photos « Images for life » qui s’ouvrira demain.

Qu’est-ce que Al-Rowwad a de special ? Pourquoi est-ce que tu aimes y aller ? Qu’est-ce que tu y trouves qui t’aide dans ta vie de tous les jours ?

Ce qu’il y a de très spécial au Centre Al-Rowwad, ce sont les activités théâtrales. Il n’y a aucun autre centre à Bethléem où pouvoir en faire. Au début, ça m’a simplement amusé de jouer, d’être sur scène, mais peu à peu, ils m’ont aidé à faire des progrès, à m’améliorer, et m’ont donné la possibilité de faire d’autres choses que je j’aime. C’est comme ça que je leur ai parlé de mettre sur pied un groupe de rap : ils ont tout de suite été d’accord. Ils m’ont vraiment toujours aidé, encouragé à faire ce que j’avais envie de faire, c’est sans doute pour cela que j’aime ce centre. Et aussi, ils sont comme une famille : je me sens chez moi au centre.

Je ne suis qu’un membre du groupe de rap que Jamal, Moustapha et moi avons formé. Je ne me vois pas comme le leader ou autre chose du genre. C’est Jamal qui, en général, s’occupe d’écrire les paroles de nos chansons, parce qu’il est le plus intelligent, le plus à même de trouver les mots pour exprimer ce que nous ressentons, pour parler de notre situation. Pour ce qui est de la musique, nous nous inspirons des beats que nous trouvons sur le net, et nous essayons de travailler en équipe. Je m’occupe en général de la technique, des micros et tout ça… Il est facile de voir d’où nous vient notre inspiration : nous parlons de notre situation, par ex. ce qui s’est passé dans la bande de Gaza…

Notre but est de nous faire connaître pour ce que nous, Palestiniens, sommes, et qu’à l’extérieur les gens sachent ce qui se passe réellement ici. Nous ne sommes pas des terroristes, contrairement à ce qu’on voudrait vous faire croire. Nous essayons de montrer au monde que nous sommes des êtres humains, que nous pouvons chanter, danser, rire : nous ne faisons pas que pleurer, nous faire blesser et mourir !… Je suis évidemment très heureux de pouvoir faire ça, chanter, parler de la situation, du problème des personnes âgées, des réfugiés… De cette façon, j’essaie que certaines choses de notre vie quotidienne ici changent…

Nous avons commencé par écrire des textes sur la situation et les problèmes qu’elle crée, et nous continuons mais, aujourd’hui, nous écrivons aussi des textes sur l’autre partie de notre vie. Des textes qui disent à ceux que nous aimons que nous les aimons : nos amis, notre mère…

Est-ce que tu as un rêve, Mazen ? Pas en général, mais quelque chose de plus personnel, pour ta vie à toi ?

I want to become a famous rap-singer !

Est-ce que tu peux le dire d’abord en arabe, et puis de nouveau en anglais ?

Mazen : My dream…

Oussama : is…

Mazen : is… Oh… ! …My dream is…

Oussama : to become...

Mazen :

Oussama : Coupez, s’il vous plaît, coupez…

Voilà, c’est un des problèmes…. Beaucoup de nos enfants, beaucoup d’adultes aussi éprouvent de réelles difficultés à s’exprimer, à parler d’eux-mêmes. On essaie de résoudre ça via les ateliers, à travers le travail qu’on fait ici au Centre… Ca vient du cœur, vous comprenez ? Et il n’est pas assez solide que pour parler comme ça, normalement, trouver les mots. C’est ça que vous touchez !

Oui, on s’en rend bien compte, mais c’est ça qui nous intéresse… C’est ce que nous voulons ramener chez nous, des images qui montrent que les gens d’ici sont sincères, qu’ils sont à la fois forts et fragiles, que ce sont des êtres humains. C’est ça que nous voulons montrer. Ca n’a aucune importance qu’ils ne trouvent pas les mots. Ce qui est bien, c’est de partager tout cela… Ce que tu viens de nous expliquer là, ça nous fait monter les larmes aux yeux, parce qu’on se rend bien compte que tout ça, c’est difficile pour lui... Il ne faut pas qu’il en éprouve de la honte ou se sente intimidé. Dis-le lui, s’il te plaît Oussama... Mazen, we love you, you know that ?...

Moi aussi, je vous aime beaucoup, et j’apprécie vraiment ce que vous faites pour moi…

Vous nous donnez énormément, toi, vous deux, vous tous…

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