Youssef, Camp de Aïda, Bethléem, traduction Oussama - 09/04/2009

lundi 28 décembre 2009
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Voir le compte rendu de notre rencontre avec Youssef, le jeudi 9 avril 2009

Oussama, est-ce que tu as déjà remercié Youssef de nous avoir invités hier à son entraînement ? On a vu qu’il était le meilleur !... Youssef, dis-moi : comment es-tu entré dans cette équipe de basket-ball ?

Youssef 1
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Youssef : Quand j’étais petit, j’adorais jouer au basket et je rêvais de pouvoir peut-être un jour passer pro…. Et donc, quand j’ai eu cet accident pendant la… euh… J’ai été à l’hôpital à Beit Jala et… euh…. Avant tout ça , je ne savais rien de cette équipe pour handicapés. J’ai été vraiment heureux de les renconter parce que ça voulait dire que mon rêve pouvait encore se réaliser, enfin peut-être… En tous cas, j’avais de nouveau la possibilité de jouer. Ca a vraiment été une bonne nouvelle pour moi… Je joue dans cette équipe depuis lors, et vraiment, j’en suis très heureux…

Avant, je veux dire, avant ce qui m’est arrivé à la jambe, j’étais dans l’équipe de basket de mon école. Et, oui, j’étais le meilleur, j’adorais ce sport… Le dimanche juste avant que je sois blessé, j’avais essayé de jouer en chaise roulante… C’était avec une équipe de joueurs handicapés, et je voulais leur montrer qu’ils étaient comme nous, « normaux ». Mais je me souviens que c’était difficile pour moi de m’imaginer comme eux, handicapé… Après ce qui m’est arrivé, ils sont venus me voir à l’hôpital. Je les ai suppliés de me laisser jouer avec eux, parce que le basket-ball, c’est tout pour moi… Ils ont accepté, m’ont invité à venir assister à leurs entraînements et puis, ils m’ont dit que si j’étais intéressé, je pouvais venir jouer avec eux… Et c’est comme ça que je suis devenu un membre de cette équipe…. Je ne suis pas triste. J’aime mon équipe. Aujourd’hui, je me sens fort, et je me dis que cette jambe, après tout, ce n’est pas la fin du monde…

Oussama, est-ce que tu penses que je peux lui demander de nous raconter ce qui lui est arrivé, ou est-ce trop dur pour lui d’en parler ?

Oussama : D’accord, mais avant ça, laisse-moi te dire ceci : ça a l’air de beaucoup te toucher. Sois forte !

Tu me dis, à moi, d’être forte ?

Oussama : Exactement.

Je le suis, ne t’en fais pas. Je suis tendre et forte à la fois.

Youssef 2
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Youssef : C’était en 2001, j’avais 16 ans. J’étais ici, avec un journaliste devant le Centre Al-Rowwad. Enfin, il n’était pas encore construit à l’époque… Je voulais lui montrer les tanks israéliens qui arrivaient pour démolir les maisons… C’est à ce moment-là que j’ai été blessé, un tank m’a tiré dessus… J’ai perdu beaucoup de sang... J’ai passé 60 jours à l’hôpital. On pensait que j’étais mort. On disait de moi que j’étais un « martyr ». Ca fait un drôle d’effet de s’entendre appeler comme ça… Quand je me suis réveillé, les gens étaient sous le choc. Ils n’en croyaient pas leurs yeux : Youssef, tu es vivant !… J’ai vraiment eu beaucoup de chance… J’ai un frère-martyr… Il était venu me voir après mon accident…. Il a été tué après quelques jours… Il avait 23 ans.

Oussama, dis-lui, s’il te plaît, que nous en sommes désolés.

Youssef : Non, il ne faut pas. Il y a des histoires bien plus tristes que la mienne… Vous pouvez aller dans chaque maison de Palestine, tout le monde aura une histoire triste à vous raconter… Vous savez, ici, on est comme en prison, enfermés dans une petite prison… Il y a 3 mois, j’ai essayé à plusieurs reprises d’aller en voiture à Jérusalem. J’ai pris des dizaines de chemins détournés, un vrai zig-zag… J’ai passé plus de sept heures dans la voiture, pour rien…

Youssef, après ça tu as décidé de rester fort, de continuer ton rêve de basket-ball. Est-ce que tu peux nous dire combien de fois par semaine tu t’entraînes, combien de temps ?… Tu m’as dit que tu faisais du body-building aussi, non ?

Youssef 3
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On a 2 séances d’entraînement par semaine, on joue 3 heures/ semaine. Ce n’est pas assez pour améliorer nos performances… Moi, je voudrais pouvoir améliorer mon jeu, mais, ici, ce n’est pas possible : il n’y a pas de club en Palestine, pas d’endroits où pouvoir s’entraîner comme on le voudrait. Il y en a un à Bethléem, mais … Ce qui serait génial ce serait de pouvoir aller m’entraîner en Europe, ou dans n’importe quel autre pays ou à l’extérieur, pour pouvoir améliorer mon jeu… Je rêve d’aller voir d’autres équipes jouer, voir leur performance sur le terrain… Notre équipe est la meilleure du coin, bien meilleure que celle de Jordanie, de Syrie et d’Egypte, mais ce n’est pas la meilleure au monde. Ca, ce serait mon rêve… Et à propos du body-building, j’en fais parce que j’en ai besoin. Je dois être costaud assez que pour pouvoir faire deux choses en même temps : tirer au panier et diriger ma chaise…

Oussama, est-ce que tu peux demander à Youssef s’il y a une dernière chose qu’il souhaiterait nous dire ?

Je voudrais d’abord vous remercier pour votre gentillesse à tous, et aussi d’être venus de Belgique jusqu’ici, au Centre Al-Rowwad, d’être venus vivre avec nous, partager avec nous notre situation, et de vouloir en ramener une image qui corresponde à la réalité chez vous, en Belgique… J’espère que vous montrerez la vidéo que vous avez faite de moi, Youssef, à l’équipe de basket belge… Peut-être qu’alors, j’aurai un jour la chance de jouer contre eux, chez vous… Je vous dis merci pour tout.

Merci à toi

Non, merci à vous
No thank you !

No you !
Merci à toi , Youssef, et à toi, Oussama pour la traduction