Oussama, Camp de Deheisheh, Bethléem 09/04/2009

lundi 28 décembre 2009
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Voir le compte rendu de notre rencontre avec Oussama, le jeudi 9 avril 2009

Et donc je vais essayer de vous parler un peu du camp de Deheisheh. Il n’y a pas de grosses différences entre les camps de réfugiés, où qu’ils soit, en Palestine ou ailleurs dans le monde…

Ossama 1
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Il y a environ 12.000 personnes vivant au camp de Deheisheh, tous concentrés sur un km² de terrain, une très petite surface, donc... Les gens des camps voisins disent de nous que nous sommes très forts, parce que, ici, à Deheisheh, nous ne formons qu’un seul, un seul corps, si vous voulez… Il y a d’autres centre ici, très importants, très influents : le Centre Dahar et le Centre Phoenix où j’ai travaillé comme volontaire, il y a un peu plus d’un an.

En ce qui concerne la vie politique du camp, aujourd’hui, c’est comme dans les autres camps, mais il y a 20 ans, on appelait le camp de Deisheid « La Montagne Rouge », parce qu’il y avait beaucoup de communistes ici. Mais au fur et à mesure que le temps a passé, il y a eu du changement : Aujourd’hui vous ne trouverez plus que les 2 grandes organisations politiques connues : le Fatah et le Hamas.

Comme vous le savez, l’entente aujourd’hui entre Palestiniens est très mauvaise, à cause de leur appartenance soit au Fatah soit au Hamas. La situation est devenue très compliquée… Moi, je me considère comme palestinien, c’est tout. Je ne soutiens aucun des deux partis, parce que je suis persuadé que pour pouvoir aider à la reconstruction de mon pays, il n’y a qu’une manière pour moi de le faire, c’est d’être palestinien.

Pour moi, les Communistes n’avaient aucune vraie solution à proposer. Ils faisaient de grands discours, de beaux rêves, mais c’est tout. En tout cas, c’était le cas ici… Le Hamas, par contre, titillait la fibre religieuse de chacun. Comme vous le savez, le Fatah est l’organisation la plus ancienne et beaucoup de gens ici les soutiennent. Mais on peut dire qu’au début des années 90, le Hamas est devenu de plus en plus influent. En invoquant Allah, Mohamed et tout ça, ils ont touché le cœur des gens. C’est sans aucun doute pour cette raison que beaucoup de gens les respectent. Parallèlement, il y a beaucoup de gens, ici, qui n’ont aucune confiance dans la Fatah… D’abord parce qu’il y a pas mal de problèmes à l’intérieur de cette organisation, et peut-être aussi parce qu’ils trouvent la manière de traiter avec les Israéliens inadéquate... Personnellement, je suis d’accord de négocier avec les Israéliens, mais de quelle manière ? Tout leur donner ?… Et ensuite ?… Ils parlent et parlent de paix, mais quelle genre de paix veulent-ils ?… S’agit-il seulement pour eux d’augmenter le nombre de checkpoints et que les Palestiniens restent des réfugiés ?…

Je n’ai jamais vu mon village d’origine. Je suis né en Jordanie, et j’ai grandi ici, dans le camp de Deisheid, mais si vous me posez la question, je vous dirais que j’ai la sensation étrange d’y avoir été, parce que mon père et ma mère m’en ont tellement parlé et me répétaient de ne pas l’oublier. Et ils m’ont mis cette idée forte en tête : je dois y retourner.. Quand je serai rentré chez moi, alors nous pourrons commencer à parler de paix. Moi, ça ne me pose aucun problème d’avoir des Israéliens pour voisins, aucun. C’est Ok pour moi, mais quel genre de voisinage, ça c’est important… Et que ce pays s’appelle Palestine ou Israël, ça m’est bien égal.

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J’ai juste besoin de pouvoir vivre normalement, comme vous… Par ex : si vous voulez aller à Ramallah, ou à Jérusalem, ou n’importe où ailleurs, vous pouvez le faire sans aucun problème. Mais pour nous, c’est réellement difficile…Je me rappelle comme vous étiez choqués le premier jour, quand vous m’avez demandé si j’étais déjà allé à Jérusalem et que je vous ai répondu que oui, une fois, il y a 10 ans… Oui, tout ça est tellement délirant… Jérusalem est tout près d’ici, tout près : peut-être que si quelqu’un d’ici rit ou parle un peu fort, on l’entendra là-bas… Voilà… Si vous avez des questions…

Tu peux nous dire un mot de la vie quotidienne ici, au camp de Deheisheh ? Y a t-il aussi un comité populaire comme à Aïda ?

Bien sûr, il y a des comités populaires dans tous les camps… Simplement parce que nous avons besoin que quelqu’un s’occupe d’organiser la vie ici…. Il y a de moins en moins de gens des Nations-Unies pour le faire ou qui connaissent nos droits… Oui, nos droits… Vous savez, si ça fait 60, 70 ans que vous êtes réfugié, on ne parle plus de votre problème. Et on n’augmentera plus les livraisons de farine ou d’essence… Quant à savoir si notre situation est différente d’avant… Oui, un petit peu, je suis d’accord avec vous, mais le problème n’est toujours pas réglé… Regardez, j’ai toujours une carte ONU, ce qui signifie pour nous que nous ne sommes que des réfugiés, c’est tout… Nous avons perdu toute notre dignité…

Vous savez, quand vous voyez ces soldats de l’ONU qui distribuent de la farine et de l’essence… C’est une situation tellement humiliante pour les réfugiés, tellement humiliante… Ils sont bruyants, crient, leur parlent comme à des animaux… Où est leur dignité, alors ?… Mais en même temps, il faut être forts, pour pouvoir survivre… La situation n’a pas beaucoup évolué, mais je crois que je peux faire en sorte que cela change un jour, je ne sais pas quand, mais on ne peut pas vivre si on n’a pas d’espoir.

Posez la question à n’importe quel Palestinien : l’espoir, ce tout petit mot, qu’est-ce qu’il signifie pour lui, pour eux. Essayez, juste pour voir… Ils ne vous parleront probablement pas de rêves, ils veulent juste pouvoir vivre normalement… Demandez-leur…Le fait est que nous ne pouvons pas arrêter d’y croire, ne rien faire d’autre que se sentir blessés, tristes, ne faire que pleurer… Vous savez, quand on a vu ce qui s’est passé à Gaza, ça nous a fendu le cœur… Mais en même temps, nous continuons à sourire. On ne sait pas toujours pourquoi, je vous assure !… Ma sœur vit là-bas. Je m’en fais souvent pour elle, et ma mère pleure beaucoup parce qu’elle s’en fait pour sa fille, mais quoi ?… Alors, elle va la voir et essaie de trouver des mots tendres qui la réconfortent, la tranquillisent, l’aident à se sentir un peu mieux…

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(En ce qui concerne notre atelier photo), vous pourriez penser qu’on ne travaille que sur notre image pour l’extérieur, mais en même temps nous travaillons sur quelque chose de très important : il s’agit de se forger un caractère, une personnalité…

Prenons l’exemple de Mazen : il n’arrivait pas à bien s’exprimer (lors de l’interview ce matin)). Il a 19 ans mais il était comme un enfant, avait de réelles difficultés à trouver les mots justes pour parler de lui-même… Notre but est d’offrir à ces jeunes de l’expérience et la possibilité de développer leurs talents, afin qu’au moins, ils arrivent à s’exprimer sur eux-mêmes. Au moins ça…Vous pouvez voir la différence qu’il y a entre les jeunes qui viennent au Centre et ceux qui ne participent à aucune des activités proposées.