Ribal Kurdi, Camp de Aïda, Guest House 10/04/2009

lundi 28 décembre 2009
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Voir le compte rendu de notre rencontre avec Ribal, le vendredi 10 avril 2009

A la Guest House, après le repas du soir...

Et donc, Ribal, qui es-tu ?

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Oh !… C’est difficile de répondre à ce genre de question… Je n’aime pas parler de moi, je préfèrerais vous parler d’Al-Rowwad, de la Palestine, de la situation. Mais je vais le faire, pour vous : je m’appelle Ribal, je viens d’avoir 19 ans, je suis en seconde à l’université Al-Quds, Jérusalem. J’étudie le droit… Je fais beaucoup de choses : je travaille dans le camp en tant que coordinateur des activités organisées par le centre Al-Rowwad, je suis également formateur, j’anime l’atelier théâtre et l’atelier de Dabka, la danse palestinienne traditionnelle.

Le centre Al-Rowwad a démarré en 1998, avec un petit groupe de théâtre dont l’objectif était de parler de la situation en Palestine et d’essayer de changer l’image que les gens pouvaient en avoir. Je faisais partie de ce groupe de départ, puis j’ai rejoint le groupe-danse et, petit à petit, nous avons développé d’autres activités à Al-Rowwad jusqu’à ce que ce centre devienne ce qu’il est aujourd’hui…

Je crois profondément que si on veut faire quelque chose pour les Palestiniens, si on veut changer la situation en Palestine, il faut commencer par créer des activités, qu’il y ait des activités organisées librement par et pour les Palestiniens, pour les enfants d’ici…

J’étudie le droit, et j’ai pas mal de problèmes… D’abord parce que je travaille au centre 5 jours par semaine, et ensuite par ce qu’on me fait constamment des problèmes au checkpoint : parfois, je ne peux pas aller présenter un examen, ou assister aux cours, parce que les soldats israéliens me confisquent ma carte d’identité et puis s’en vont, et je dois rester là, à attendre pendant 3 ou 4 heures qu’ils se décident à me la rendre. A d’autres moments, le checkpoint est tout simplement fermé, ce qui signifie que personne ne peut passer et aller à l’université ou ailleurs. Oui, ça me pose pas mal de problèmes au niveau de mes études… J’ai décidé d’étudier le droit pour plusieurs raisons. J’avais d’abord pensé étudier la politique mais je me suis dit qu’ensuite, je ne pourrais travailler que dans ce domaine. J’ai donc changé d’avis et je me suis tourné vers le droit pour pouvoir travailler sur la situation des Palestiniens et de la Palestine du point de vue juridique, du point de vue des lois internationales. Parce que nous avons besoin de ces lois internationales en Palestine : il n’y a, en effet, aucune loi ici qui soutienne ou défende les Palestiniens, qui dise aux Israéliens qu’ils ont tort, que ce pays appartient aux Palestiniens et non aux Israéliens… C’est pour cela que j’ai choisi d’étudier le droit. Et puis, j’ai envie de continuer à faire du théâtre, de la danse, et avec le droit, c’est possible : je peux décider d’en faire, de ne plus en faire, et donc, plus tard, je pourrai continuer à travailler au centre Al-Rowwad si je le souhaite…

Dis-moi : quelles sont les choses qui te rendent furieux ?

Ah… Ici, en Palestine : que des Israéliens tuent des Palestiniens, ou leur rendent la vie impossible. Ce qui s’est passé à Gaza il y a 2 mois, par exemple, ça nous a tous rendu furieux… Je suis furieux si je dois aller à l’université et que je découvre que les soldats ont décidé de ne pas ouvrir le checkpoint et qu’ils me disent : retourne dans ton camp !… Je ne veux pas parler que de moi, mais... Parfois, mon amie me dit que je ne suis pas agréable, et elle a raison, je râle. Mais c’est la situation qui me rend comme ça : il y a une telle discrimination ! On ne peut aller nulle part, impossible de sortir et d’aller voir sa copine, ni de faire quoique ce soit d’ailleurs… Chaque fois que vous voulez parler de vous, vous en arrivez à parler de la situation en Palestine. Je vous donne un autre exemple : là, je suis furieux parce que, hier, les passeports n’étaient toujours pas prêts, et ça, c’est uniquement parce que nous sommes palestiniens. Pour n’importe qui d’autre, ça prend 2- 3 jours, maximum une semaine, pour obtenir un visa. Nous, ça nous prend 4 ou 5 semaines… Et ce système me fâche, pourquoi, c’est comme ça ?…

Pourquoi aviez vous besoin de passeports ?

Parce que notre troupe de théâtre part demain en Autriche pour y présenter notre projet… Je devais absolument les avoir hier, parce qu’aujourd’hui, c’est jour férié et le consulat autrichien à Tel Aviv est fermé. Et j’étais fâché parce qu’on en avait besoin… Pas pour sortir de Palestine et aller nous amuser ou visiter un endroit particulier, mais parce que notre groupe part en Autriche pour aller parler de notre situation, montrer ce qui se passe ici, en Palestine, au travers de notre pièce de théâtre…. Ce ne sont pas juste des vacances, on ne va pas là-bas pour rigoler, dormir, se lever et aller ici ou là… On y va pour parler de la situation des Palestiniens !

Vous avez souvent l’occasion d’aller à l’étranger ?

Bien sûr que non… Il y a bien trop de démarches à faire. Il faut savoir qu’on n’obtient pas les visas des Autrichiens : on doit d’abord aller à Tel Aviv avec nos passeports, et là les Israéliens vérifient tous les noms : vous, OK, vous pouvez avoir un visa. Vous, non, pas de visa… Les gens s’imaginent peut-être qu’on reçoit les visas de l’Autriche. C’est faux, on les reçoit d’Israël. C’est Israël qui donne ou non son feu vert, et ensuite seulement les Autrichiens vérifient les noms et tout… Les Autrichiens, en fait, ne savent rien de moi, ni de ce que je fais en Palestine. Qui leur donne toutes ces informations ? Israël, bien sûr. C’est pour cette raison que certaines personnes ne peuvent pas se rendre en Jordanie ou aux USA : simplement parce que Israël le leur refuse... Et ensuite, il y le checkpoint de Jéricho… Oui, il y a vraiment trop d’obstacles… Une fois qu’on a obtenu les visas, on doit encore passer par Jéricho où tout le cinéma recommence : on re-vérifie tous les passeports, les noms, les visas… C’est trop difficile…. C’est la même chose en Jordanie, on a des problèmes,et dans les autres pays arabes, même topo… Les Palestiniens sont contrôlés, re-contrôlés : « Où allez-vous ? »… « Vous allez faire quelque chose à l’étranger pour les Palestiniens ? »…

Il y a 3 ans, j’ai été arrêté à l’aéroport en Jordanie. On m’a demandé pourquoi j’allais en France, c’était en 2006. J’ai dit, pour aller danser. Ils m’ont regardé : « Pas pour aller jouer une pièce de théâtre sur la situation en Palestine ? »… Ils savaient tout sur moi, sur le centre Al-Rowwad et sur ce que nous allions faire en France !… La même chose est arrivée en 2008. J’étais allé en France, à Bordeaux. Quand je suis rentré, je me suis fait arrêté ici, à un checkpoint et ils m’ont dit : « Tu parles bien de la Nakba… » (*1948, la catastrophe, du point de vue palestinien). Je leur ai répondu que j’avais été présenter un spectacle de danse et de théâtre. Ils m’ont dit, « Non, tu as parlé de la Nakba, à Bordeaux ». J’ai dit, oui, parce que, de toutes façons, ils savent tout de moi. Comment ? Je ne sais pas… Ils savent tout, ce que je ferai demain matin, qu’à 7h30 ou 8h, on partira d’Al-Rowwad pour aller à Jéricho… C’est ça, la situation en Palestine : nous sommes dans une grande prison… Avant de faire quoique ce soit, je dois savoir qu’Israël est au courant de chacun de mes faits et gestes…

Qu’est-ce qui te rend vraiment heureux, des choses qui te feraient dire, waouw, je me sens vraiment bien ?

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Oh, il y en a beaucoup… Chaque fois que j’ai pu mener un projet à bien, un festival, mes examens, alors, oui, je me sens vraiment heureux… Il y a une chose, une chose spéciale : je ne me sens pas toujours bien avec mon amie. Mais si je sais qu’elle a été heureuse juste une minute, ou une heure, alors je suis comblé… Parce que, ici, en Palestine, pour ce qui est de l’amour et tout ça, les choses sont un peu compliquées. La culture palestinienne est différente, compliquée...

Qu’est-ce que tu veux dire ?

Dire à quelqu’un que vous l’aimez, par exemple, ça ne se fait pas… Vous devez d’abord rencontrer la famille, et votre famille aussi… Non, c’est trop compliqué…

Je suis aussi tellement content de faire ce que je fais avec Al-Rowwad, que notre tournée en France ait été un succès… Ca m’a rendu heureux aussi de pouvoir aller visiter Jérusalem, je suis heureux quand je peux aller à l’université sans être arrêté au checkpoint… Je n’ai pas besoin de faire des choses extraordinaires pour être heureux. Des choses toute simples : étudier à l’université, participer aux activités du centre…

La colère et le plaisir sont sources d’énergie. Mais est-ce qu’il y a des moments où tu te sens fatigué, ou même désespéré, parce que c’est trop ?… Qu’est-ce qui se passe, alors ? Est-ce que tu as envie de tout laisser tomber ?

Non, pas du tout… Vous savez, à Al-Rowwad, par exemple, nous sommes tout le temps fâchés, puis de nouveau contents. Ce matin, j’étais furieux, mais ce soir, je suis heureux parce que l’expo photo était super… Le mieux, évidemment, est de rester entre les deux… Mais quand je suis fâché, je me tais, je ne parle plus à personne. Ce matin, si vous m’aviez vu faire les cent pas devant le centre et tirer sur ma cigarette, vous auriez compris que j’étais furieux… C’est la même chose à la maison, je me tais, je ne dis plus rien… Parce que je sais que je pourrais me battre avec tout le monde… Parce que, parfois, vous avez l’impression de n’être qu’un loser, incapable de réussir quoique ce soit… C’est un sentiment désagréable : vous voudriez lancer un nouveau projet, mais parfois, vous n’arrivez à rien, parce que vous êtes fatigué, ou vous avez trop de choses à faire en même temps… C’est un des problèmes liés à mon travail : je suis à la fois coordinateur et formateur dans les différents ateliers : théâtre, danse, « Images for Life »… Je subis beaucoup de pressions dans mon boulot, mais comment faire autrement ?…

Tu es si jeune pour tant de responsabilités ! Est-ce qu’il y a quelqu’un vers qui tu peux te tourner, en cas de besoin ?

Bien sûr, il y a Oussama, et aussi Abdelfattah Abu-Srour, le directeur du centre. Nous nous partageons le travail à Al-Rowwad, et je peux toujours demander de l’aide pour les différents ateliers, les activités, la tournée… Mais le problème, c’est que, si j’ai envie d’une chose, je la fais moi-même… J’ai décidé, par ex, qu’on devrait aller en Autriche et pas en Amérique et j’ai fait en sorte qu’on y aille… C’est le problème avec moi : si quelqu’un à Al-Rowwad veut me faire faire des choses que je ne veux pas faire, je refuse. Je ne fais que ce que je veux bien faire…

Mon père me dit parfois, tu n’as que 19 ans, tu devrais me demander la permission. Je lui réponds que non, parce que je pense que si j’ai envie de lancer un nouveau projet, que ce soit pour moi ou pour d’autres, c’est à moi de le décider. Ce n’est pas à quelqu’un d’autre de me dire ce que je dois faire… C’est la différence qu’il y a entre moi et les autres personnes du camp : dans la culture palestinienne, à 18, 19 ans, c’est encore votre père qui décide. Par ex, au niveau des études, si quelqu’un veut étudier les maths, mais que son père lui dit d’étudier les sciences, pas de problème, il étudiera les sciences, parce que c’est ce que son père veut.

Ca me pose problème de réagir comme ça… Parce que personne ne peut tout décider tout seul, mais je pense que, plus tard, ça me permettra de faire de bonnes choses pour moi et pour d’autres parce que je sais ce que je veux…

Tu nous as dit deux mots de ton amie : est-ce que tu peux nous dire comment ça se passe entre les garçons et filles dans le camp ? Parce que nous en avons une idée qui peut-être ne correspond pas à la réalité…

Vous pouvez vous en faire une idée en regardant comment ça se passe à Al-Rowwad. C’est d’ailleurs ce sur quoi nous travaillons pour le moment… Vous avez vu, lors de la répétition de la pièce, qu’il y avait plus de filles que de garçons (trois garçons pour 7 filles), mais nous en sommes ravis, parce que si vous allez voir dans d’autres centres, vous ne rencontrerez peut-être que 2 filles… Le centre Al-Rowwad est le meilleur de la ville de Bethléem, celui qui s’en sort le mieux à ce niveau… Les choses sont compliquées à cause de la culture palestinienne : il y a, par ex, un atelier de danse pour les garçons et un autre pour les filles, pas d’atelier mixte, parce que les pères interdiront à leur filles de tenir la main d’un garçon du camp ou d’ailleurs… Mais quoi, où est le problème ? Si un père voit sa fille tenir la main d’un garçon, il va la tuer ?… C’est le problème. Et s’il faut aller à l’étranger avec le centre, il faut qu’il y ait un accompagnateur qui aille avec les filles et un autre avec les garçons… Nos familles, notre culture a besoin de se poser la question de savoir comment changer cela… Nous y travaillons à Al-Rowwad, en proposant des activités pour groupes mixtes, et nous organisons des rencontres avec les gens, les familles du camp de Aïda pour changer la société… Parce que la culture palestinienne n’a pas besoin que de garçons ou que de filles : il faut qu’on arrive à faire les choses tous ensemble… Personne ne peut changer les choses dans son coin, il faut y travailler ensemble…

Qu’est-ce que tu aurais envie de dire aux gens qui regarderont ce film ? Est-ce que tu as un message pour eux ?…

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Ici, pour nous, en Palestine, c’est difficile de changer la situation… Mais voici ce dont nous avons besoin : vous qui venez voir ce qui se passe au camp de Aïda, au centre Al-Rowwad, ou qui venez simplement pour visiter la Palestine, il y a deux choses que vous pouvez faire lorsque vous rentrez chez vous : racontez ce qui se passe vraiment ici, parlez de la situation telle qu’elle est. Nous n’avons pas besoin de gens qui viennent nous faire de longs discours, mais ne font pas passer le message à l’extérieur… Notre problème est que les journalistes, la presse, le monde entier est avec les Israéliens, et nous ne pouvons rien y faire parce que les Israéliens contrôlent tout. La seule chose qui nous reste c’est qu’une fois rentrés chez vous, vous parliez de la vie des Palestiniens… Nous n’avons pas besoin d’argent, nous avons tout ce qu’il nous faut, nous vivons bien. Mais nous avons besoin de liberté et de justice… Demain, je voudrais pouvoir aller à l’université sans être arrêté au checkpoint. je voudrais pouvoir sortir de Palestine sans devoir passer par tous ces checkpoints, je voudrais pouvoir faire des choses sans avoir toujours à en demander la permission à Israël. C’est tout ce qu’on demande…

Et toi, Théodore, tu es encore à l’école, non ?… Je pense que tu es bien parti. Tu as à peine 15 ans : bien sûr, comme tu le disais hier, tu ne peux rien faire pour changer l’état actuel des choses, mais plus tard, tu pourras, grâce à tes études. Parce que je suis convaincu que les études, que ce soit le théâtre, la politique, ou d’autres choses encore te donneront des outils pour parler de la situation en Palestine, parler de justice. Pas seulement en Palestine. Tu pourras faire quelque chose pour qu’il y ait plus de justice, plus de liberté pour tous les gens qui, ici en Palestine ou ailleurs, vivent sous occupation… Voilà, c’est mon message…

Tu as parlé si sérieusement de tout ça, Ribal… Hier, je te disais que tu avais un si beau sourire. Je voudrais tellement le voir, maintenant !

Ecoutez, je vais vous reparler de ce que j’ai dit hier à Anne-Claire… J’ai toujours eu un problème avec mon visage et mon sourire, parce que tout le monde, dans ma famille et au centre voit sur mon visage quand je suis fâché… Un jour à l’université, le professeur qui expliquait quelque chose à propos de je ne sais plus quoi, s’est arrêté pour me demander pourquoi j’étais fâché. Mais je n’étais pas fâché, simplement je ne souris pas souvent… Mais je vais vous confier quelque chose : avec votre groupe, toute cette semaine, j’ai souri, beaucoup… Vous pouvez le demander à Mazen : il y a eu un autre groupe, et je ne venais que le soir pour leur donner le programme, et puis je repartais en leur disant, si vous avez des questions, vous pouvez me téléphoner, si vous voulez des explications sur le centre ou sur la situation en Palestine, je vous en donne, et puis vous partez… Mais avec votre groupe, c’est différent : je souris, j’ai envie de faire des choses avec vous, jouer aux cartes, aller me promener, bavarder parce que votre groupe est…

Je ne sais pas comment le dire… Vous comprenez si vite ce qui se passe. Aujourd’hui, par ex, j’ai vu Laetitia qui descendait la rue en revenant du centre. Je crois qu’elle a tout de suite compris ce qui se passait : il y avait quelqu’un qui criait "on a abattu quelqu’un d’Al-Rowwad, viens avec moi parce que les gens ici sont capables de te tuer". Mais elle est restée calme... Ici, au camp de Aïda, on n’a pas d’armes, même les policiers palestiniens n’ont pas d’armes !…. Mais si vous écoutez les journalistes, si vous regardez les nouvelles, vous entendrez « Des Palestiniens ont tué 10 personnes en Israël ! », « Des palestiniens ont assassiné X personnes... » Mais les Palestiniens n’ont pas d’armes, ils ont des checkpoints ! Ce n’est quand même pas la même chose ! ... Croyez-moi, les Palestiniens ne sont pas des terroristes. Ils ont une vie tellement normale, dans laquelle il ne se passe rien : ils se réveillent et vont au centre, ou jusqu’au mur, ou à l’école, c’est tout ce qu’ils ont, ils ne construisent pas de nouveaux tanks, de nouveaux hélicoptères… C’est la différence !…

Encore une question : tu peux nous reparler de votre « Beautiful Resistance » ?

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Oui. Je vais vous dire quelle était l’idée première du centre Al-Rowwad : parler de la situation en Palestine via le théâtre, mettre sur pied une « Beautiful Resistance. C’était quelque chose de nouveau en Cisjordanie et dans la ville de Bethléem… Aujourd’hui, nous croyons au langage des musiciens, des réalisateurs de films… Plus à celui des fusils, des tanks, des avions, des hélicoptères…

Je sais que si je vais parler de notre situation en Autriche, en France ou ailleurs, mais que je ne fais qu’en parler, les gens diront peut-être qu’ils sont d’accord avec moi, ou pas, qu’ils sont du côté d’Israël. Mais si on fait en sorte qu’ils ressentent les choses, au travers du théâtre et de la danse, ils parviendront tous à comprendre la situation en Palestine… Le problème c’est que, il y a dix ans, tout le monde à l’étranger participait à des conférences sur la Palestine, et ça parlait, parlait, et après une semaine de parlote, quelqu’un d’Israël venait montrer un petit film sur ce qui se passait à Jérusalem… Mais maintenant, les Palestiniens ont compris que parler, ce n’était pas suffisant. Parce que les Israéliens venaient montrer des films, des pièces de théâtre ou de la danse, les Palestiniens se sont rendus compte que c’était une bonne idée de soutenir et de développer cette idée de « Beautiful Resistance », d’ouvrir des centres culturels, de multiplier les groupes de théâtre et de danse pour parler de la situation en Palestine…

Il y a un problème avec la culture palestinienne, et avec l’histoire de la Palestine. Tout le monde dit qu’il n’y en a pas. Les Israéliens cherchent sous la Mosquée Al-Aksa des preuves historiques que le pays leur appartient depuis toujours. Ils ne parlent pas de ce qui s’est passé, comme si la Palestine n’avait pas d’histoire. Mais aujourd’hui, les choses changent, les Palestiniens parlent de leur histoire, de leur culture via la danse. Ils ne vont pas aller creuser sous la mosquée, tenter de prouver qu’ils sont chez eux à partir de vieux murs et que les Israéliens n’ont rien à y faire. Là se trouve la différence... Parce que, de fait, ce pays est celui des Palestiniens, mais tous ceux qui veulent y vivre, Juifs, Chrétiens, sont les bienvenus. Mais sans armes, en paix. ..

Il y a des dirigeants qui parlent de créer 2 pays, un pour les Palestiniens, l’autre pour les Israéliens. Mais pourquoi 2 pays ?… C’est la Palestine ! Des occupants arrivent et ils diraient aux Palestiniens, gardez un morceau, nous prenons l’autre ?… Il n’y a pas de problèmes si les Juifs veulent rester dans ce petit pays, la Palestine, OK, pas de problèmes… Sachez que nous, les Palestiniens musulmans, n’avons pas de problèmes avec les Juifs, contrairement à ce que les gens pensent. Quand j’étais en France, j’ai logé dans une famille juive et nous avons parlé de la situation. Même chose lorsque je suis allé aux USA, et ces Juifs étaient adorables… Mais on a un problème avec les Israéliens qui sont venus ici.

On m’a proposé de jouer devant des enfants en Israël, mais j’ai refusé. On m’a dit, pourquoi tu refuses, ce sont des enfants, ils n’ont que 9 ans ! Et j’ai répondu, quand ils auront 15 ou17 ans, ils entreront à l’armée pour faire leur service obligatoire, et ils auront un fusil et pourront tuer quelqu’un, peut-être un de mes amis… Il y en a qui diront que je suis un terroriste, parce que je refuse de parler à ces enfants… Je veux bien parler avec des enfants qui soutiennent la Palestine, mais pas aux enfants israéliens parce qu’un jour, ils auront un fusil et pourront me tuer, moi ou un de mes amis. Ces enfants israéliens, j’en suis sûr, vont inviter des enfants de Palestine, du Liban, de Jordanie et discuter de paix avec eux, mais qui sait si, plus tard, ils ne se battront pas ?…C’est le problème… Et c’est pour cela que nous croyons à la « Beautiful Resistance », faire vivre notre culture plutôt que de jeter des pierres ou utiliser des fusils…

Parce que : qui soutient la Palestine avec des armes ? L’Iran ? Les pays arabes ? Plus personne, tout le monde a filé… Tandis qu’Israël a le soutien de tout le monde : l’Europe, les USA, vous pouvez le voir tous les jours à la télévision. Ils ont pour eux les tanks, les hélicoptères, les lois, de nouveaux fusils, la nouvelle technologie… C’est le problème… Nous n’avons que ça, parler à tout le monde de la Palestine, faire de la « Beautiful Resistance »… Parce que si je jette des pierres, personne ne m’écoutera. Si j’ai un fusil, tout le monde dira que je suis un terroriste, ce qui sera vrai. Ou alors, je serai jeté en prison… Tandis que si je fais de la culture… Alors là, pas de problème avec Israël. Enfin, pas pour le moment. Parce qu’il y aura sans doute un moment où ils nous auront trop vus, et alors peut-être qu’ils nous arrêteront et nous jetteront en prison. Je ne sais pas…