Billet d’humeur

samedi 26 décembre 2009
popularité : 5%

Note sur les photos [1]

Pas évident d’être différents, d’agir à contre-courant du communément pensé, accepté ou vécu. Nous avons entendu toutes sortes de choses par rapport à notre voyage en Palestine. Nos amis, les vrais, ceux qui nous connaissent se sont d’emblée enthousiasmés pour notre projet. Les connaissances se sont un peu effrayées de notre "inconscience" : tout ce qu’on entend depuis longtemps sur les terroristes palestiniens ! Et puis quand même, c’était la guerre à Gaza ! (Leur expliquer alors que Gaza, c’est la côte, et que nous en allions en Cisjordanie, c’est-à-dire dans les Ardennes, où il fait calme, et qu’entre les deux, il y a un couloir infranchissable...)

*
carte Cisjordanie

Mais les plus bruyants, ce sont ceux qui, d’un seul coup, se sont écartés de quelques mètres et se sont tus parce que nous "étions passés de l’autre côté", celui des "Dangereux pour notre Société Occidentale". Ceux-là, par exemple, ne pouvaient imaginer que l’on puisse à la fois participer à une visite du Fort de Breendonk en hommage aux victimes juives du nazisme et, en signe de solidarité, partir partager le quotidien de réfugiés palestiniens victimes du sionisme. Pour nous, il n’y a aucune contradiction, ni surtout aucune trahison. Loin de nous sentir écartelés entre deux loyautés, notre projet nous semblait être dans la lignée de ce en quoi nous croyons : il s’agit d’être solidaires de ceux et celles à qui un système enlève toute dignité, voire dont il nie toute existence. A quoi sert le travail de mémoire si l’on ne combat pas l’injustice d’aujourd’hui ?

Ne pas hurler avec les loups, n’être non plus aucun des trois petits singes assis - celui qui se tient les mains devant les yeux, l’autre sur les oreilles, le troisième devant la bouche... Certains parmi nous sont partis fermement décidés à "rester neutre", "objectif", à "ne pas prendre parti"... Mais on nous avait prévenus : une fois sur place, impossible de ne pas prendre position. Si l’on ne veut pas mentir ni se mentir, impossible de ne pas voir qui détruit qui, impossible de croire ce que l’on dit du peuple palestinien vu d’ici : qu’il constitue un danger pour Israël. L’humiliation, la peur, l’impuissance sont clairement d’un côté. De l’autre, l’arrogance que confère le plein pouvoir. Lorsque nous étions enfants, à la cour de récréation, on disait "c’est celui qui le dit qui l’est". Les psy articulent cela à peine différemment : on accuse toujours l’autre de ce qu’on fait ou est soi-même...

Le voyage à Jérusalem, Bethléem, Naplouse, Hébron, Tel Aviv et Jaffa, ainsi que notre séjour à Aïda n’ont fait que confirmer nos intuitions premières, et nous en sommes revenus convaincus de la justesse de notre projet de départ : témoigner. Pour répondre à ceux qui parlent sans savoir - parce qu’ils ne parlent souvent qu’à partir de ce qu’ils en ont entendu au travers du filtre des médias occidentaux, et non suite à une expérience personnelle - il y va de notre honnêteté et de notre dignité humaine d’être des passeurs de la réalité telle que vécue par Monsieur et Madame Tout-le-monde en Palestine. Et il y a d’autant plus d’urgence à le faire que ces hommes et ces femmes sont "coincés" là-bas, empêchés de circuler librement et de venir parler pour eux-même.

Le but avoué du mur derrière lequel les Israéliens les contiennent est d’empêcher toute ébauche de fraternisation entre les deux peuples, laquelle est, du point de vue d’Israël, illégale et passible de prison (pour les Israéliens comme pour les Palestiniens - cf compte-rendu du voyage à Naplouse). Ce mur qui, en plus d’être clairement un mur d’annexion (de territoires et de nappes phréatiques, cf carte hydrographique) est un mur de séparation qui vise à rendre l’autre invisible. Et une fois la réalité de l’autre effacée, place nette est faite pour tous les fantasmes : l’autre est forcément un affreux, un dangereux, un terroriste... Nourris de ces représentations de l’autre, comment pouvoir encore réfléchir calmement, honnêtement, sainement ?

groupe engagé

Lors de notre préparation au voyage et aussi sur place, nous avons rencontré des Juifs "malades d’Israël". Nous pensons plus particulièrement à Michel Warschawski avec qui nous avions rendez-vous à Jérusalem, qui n’est pas venu, et dont nous avons appris par la suite combien il était découragé après ce qui s’est passé à Gaza. La machine de guerre fait tellement plus de bruit que la voix de celui qui appelle à paix et justice. Et puis, il y a aussi le vacarme de tous ceux qui disent qu’il n’y a pas de fumée sans feu, que si tant de gens disent la même chose, c’est qu’il doit y avoir un fond de vrai... La dictature de la majorité.

Tandis que nous écrivons ceci nous trottent dans la tête ces paroles d’une chanson de Guy Béart : "Le premier qui dit la vérité, Il doit être exécuté..."

Oui, comme le dit Marianne Blume, il faut du courage pour être différent, aller à l’encontre de l’opinion générale, du politiquement correct, du confortablement accepté, du communément perçu. Du courage, et du travail : s’informer, aller voir sur place... Nous vous y invitons.

Anne-Claire, Tanguy et Laetitia

Lire les comptes rendus du voyage


[1Les photos/cartes/dessins marqués d’une étoile * ont été empruntés sur le net. Merci à leurs auteurs de n’y voir aucune malice !