Théâtre : "Terres Promises", Hamadi

17 octobre 2008
mardi 29 décembre 2009
popularité : 16%

Note sur les photos [1]

Rendez-vous aujourd’hui aux Halles de Schaerbeek pour le spectacle "Terres Promises", adapté des nouvelles « Retour à Haifa » de Ghassan Kanafani (Actes Sud, 1997).

Adaptation : Hamadi - Mise en scène : Claudine Aerts - Distribution : Saïd Bahaïd, Muriel Clairembourg, Monia Douieb, Philippe Dumoulin, Soufian El Boubsi.

L’histoire : 1948, création de l’état d’Israël. Comme presque toute la population palestinienne de Haïfa, Saïd et Safia sont forcés militairement par les sionistes et les Anglais de quitter la ville. Dans la panique, ils laissent derrière eux leur fils Khaldoun âgé de cinq mois. Vingt ans plus tard, ils reviennent à Haïfa. Leur ancienne maison est occupée par une juive d’origine polonaise. Leur fils s’appelle désormais Dov et sert dans l’armée israélienne…

Emblématique du conflit israélo-palestinien, Terres Promises pose le caractère universel d’un dilemme : un enfant pour deux mères, une terre pour deux peuples... Qui en décide ? Qu’advient-il des personnes chassées de leur terre ? L’homme se définit-il par la cause à laquelle il adhère ? La défense armée est-elle inéluctable ?...

Terres Promises ne répond pas à ces questions : il les pose, sans manichéisme, ni parti pris. Si ce n’est celui de l’humanité de personnages piégés au cœur de l’histoire... A noter qu’à l’issue du spectacle, le public est invité à participer à un forum avec les comédiens au cours duquel les spectateurs questionnent les personnages. Moment assez perturbant dans la mesure où les comédiens répondent strictement du point de vue du personnage qu’ils ont fait vivre durant une heure : le jeune militaire d’origine palestinienne mais élevé "à la juive", son père biologique, Saîd, qui a été forcé de quitter sa maison par des militaires sionistes... Cette phase d’interaction avec le public est, comme le dit Leila Shahid, à "l’image d’une tentative de dialogue entre les deux peuples concernés et renvoie aux spectateurs les questionnements lisibles sur la scène.Tout échange, même dans la confrontation, est le passage obligé vers une paix durable".

Après des spectacles tels que Checkpoint et L’Or bleu, Terres promises s’inscrit dans la suite logique du travail mené par le Théâtre du Public sur la situation du peuple palestinien depuis plus de dix ans. Ayant choisi le théâtre action pour se pencher sur les questions qu’il estime importantes dans le monde actuel, le Théâtre du Public ne peut que poursuivre sa réflexion sur l’identité palestinienne, fidèle à sa volonté de faire acte de militance, non pour apporter des réponses fermées mais pour ouvrir le dialogue.

Le travail de la troupe de "Terres Promises " a le mérite de s’engager résolument. Même s’il est devenu impossible aujourd’hui, d’une part sous peine d’être traité d’antisémite, de dire qu’il est incompréhensible qu’un peuple ayant subi un génocide se comporte en bourreau, et d’autre part, sous peine de s’entendre traité de raciste, de constater que l’islam radical est devenu une religion de la haine.

C’est monté avec conviction par cinq comédiens dans une mise en scène au décor mouvant de cellules déplaçables qui deviennent maisons, abris, chambre, ville, paysage avant de symboliser le chaos. Des éclairages subtils et variés modifient les atmosphères d’une structure narrative qui recourt au flash back et à la multiplication des lieux. C’est efficace. C’est juste, sans outrance inutile comme dans le meilleur du théâtre de Bertolt Brecht.


[1Toutes les photos ont été empruntées sur le net. Merci à leurs auteurs de n’y voir aucune malice !