Chaïm POTOK : L’élu

10/18, 2004, 381 pages
mardi 29 décembre 2009
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L’auteur

Herman Harold Potok, baptisé ensuite ’Chaïm’ qui signifie ’la vie’ en Hébreu, est l’aîné de quatre enfants d’une famille d’immigrés juifs polonais. Il reçoit une éducation primaire dans les écoles juives où il étudie les sujets séculaires mais également le Talmud, le centre du programme d’études. La peinture et le dessin étant considérés comme une violation du deuxième commandant, le jeune homme se dédie à la lecture en dévorant James Joyce, Ernest Hemingway, William Faulkner, Thomas Mann, et Evelyn Waugh. Il est ordonné Rabbi conservateur à l’âge de 25 ans. Auteur, Chaïm Potok écrit des articles dans des revues savantes et populaires. Entre 1957 à 1959, il enseigne à l’université du judaïsme. En 1965, il est nommé rédacteur en chef de la société juive de publication à Philadelphie, puis prend la présidence de son comité de publication. Le roman ’L’ Elu’ marque vraiment ses débuts en tant qu’écrivain en 1967. Le thème central de ses romans reste les tensions entre le judaïsme et les valeurs et la culture de la société moderne. Ses travaux ont essentiellement été autobiographiques dans les années 80. Son expérience d’aumônier dans l’armée des USA en Corée, entre 1955 et 1957, l’a inspiré pour l’écriture ’Le livre de lights’, publié en 1981 et ’Je suis l’Argile’ en 1992. Son dernier ouvrage, ’En tant que Leaf conduit’ sort en 1996. Malade, Chaïm Potok, qui a vécu au travers de ses écrits, meurt d’un cancer en 2002.

L’histoire

Brooklyn, années de la Deuxième Guerre Mondiale dans un quartier juif. Deux écoles juives (ou "yeshiva") s’affrontent au baseball : celle de Danny Saunders, une école où il n’y a aucun compromis par rapport au judaïsme et celle de Reuven Malter, ou d’autres matières sont proposées à côté de l’enseignement de la Torah. Danny, qui a sérieusement blessé Reuven à l’oeil lors du match, vient lui rendre visite à l’hôpital et c’est le début d’une belle amitié. Danny est un hassidim. Son père est rabbin et tzaddik, chef et guide de sa communauté et Danny devra lui succéder dans ce rôle, c’est la tradition. Mais Danny s’intéresse à tellement d’autres choses. En cachette, il lit Hemingway, Darwin, Freud..., de plus en plus torturé : à qui se doit-il d’être loyal, son père ou lui-même ? Reuven et son père, également rabbin mais beaucoup plus ouvert, le soutiennent du mieux qu’ils peuvent...

Commentaire d’Anne-Claire

L’Elu, en plus d’être remarquablement bien écrit et de mettre en scènes des personnages touchants, nous en en apprend beaucoup sur la religion juive. Pour nous qui n’y connaissons pas grand chose, c’est réellement passionant d’entrer dans la vie de cette communauté juive de New-York où hassidiques et sionistes vivent ensemble et se détestent.

En lien avec notre projet de voyage en Palestine : c’est vraiment intéressant de lire comment les Juifs d’Amérique ont réagi à la création de l’Etat d’Israêl, comment ils ont perçu les réactions de défense des Palestiniens à l’"envahissement".

Lire aussi le récit de notre visite du musée de la Haganah à Tel Aviv.

Extraits

- "Ce qui irritait (Reuven), c’était leur (Juifs hassidiques) certitude absolue qu’eux, et eux seuls, étaient écoutés de Dieu, et que tout autre Juif était dans le mal, un pécheur, un hypocrite, un apikoros, et condammé, par conséquent, à brûler en enfer." p.40

- "(Dans son discours, le père de Reuven) décrivait le rêve deux fois millénaire des Juifs de retourner à Sion, il y parlait du sang juif qui avait été répandu depuis des siècles, de l’indifférence du monde à l’égard du problème d’un foyer national juif, de la nécessité vitale que le monde prît conscience qu’il importait de créer ce foyer immédiatement, sur le sol de la Palestine." p.304

- " C’est un tel... fanatique ! dis-je (Reuven), en criant presque. - Reuven, dit mon père doucement, le fanatisme d’hommes comme Reb Saunders nous a maintenus en vie pendant deux mille années d’exil. Si lesJuifs de Palestine ont en eux un gramme du même fanatisme et l’utilisent sagement, nous aurons bientôt un Etat juif." p.309

- "Et Reb Saunders combattait avec passion. il avait constitué, avec un certain nombre de rabbinshassidiques du voisinage, un groupe intitulé le Ligue pour un Eretz Yisroel religieux. (...) Les but (de cette organisation) étaient clairs : pas de Foyer National juif qui n’ait la Torah pour centre (...) Un Foyer National Juif créé par des Goyim juifs devair être considéré comme corrompu et comme un sacrilège évident contre le nom de Dieu. (...) Les brochures avaient pris un ton enflammé, menaçant d’escommunication touts ceux qui se déclaraient en faveur du sionisme (...)" p.313

- "Au cours du mois de novembre, il devint évident que le vote des Nations Unies sur le plan de partage allait avoir lieu vers la fin d mois. Le dimanche soir, 29 novembre, mon (Reuven) père assistait à une réunion quand le vote eut lieu : je l’écoutait, dans la cuisine, à la radio. Je me mis à pleurer comme un enfant quand le résultat fut annoncé (...) Enfin la mort de six millions de Juifs prenait une signification (...) Enfin c’était arrivé : nous étions de nouveau un peuple avec une terre à nous(...)" p.320

- "(...) j’entendis à la radio que, quelques heures après le vote des Nations Unies, un autobus avait été attaqué entre Tel Aviv et Jérusalem par des Arabes et que sept Juifs avaient été tués. Et ma joie disparu complètement pour se transformer en une fureur presque incontrôlable... (...) Au cours des semaines qui suivirent, (...) tandis que les forces arabes commençaient à attaquer les communautés juives de Palestine, tandis qu’une foule d’Arabes s’élançait à travers (...) Jérusalem, ravageant et pillant les boutiques et laissant derrière elle le vieux centre commercial juif pillé et incendié, tandis que le nombre de morts juifs croissait chaque jour, la ligue de Reb Saunders demeurait étrangement silencieuse." p.321

- "Les Arabes attaquaient les installations juives dans la haute Galilée et harcelaient sans cesse les convois de ravitaillement. Des Arabes tuaient des Juifs, des juifs tuaient des Arabes, et les Britanniques se tenaient confortablement au milieu, paraissant incapables, parfois même peu désireux, d’arrêter le flot montant des meurtres (...) Les groupes de jeunes sionistes du collèges commencèrent à se montrer de plus en plus actifs et il arriva même une fois où l’on demanda à un certain nombre de membres de notre groupe de sauter les cours d’une après-midi afin d’aller dans un entrepôt de Brooklyn aider à embarquer des uniformes, des casques et des cantines sur d’énormes camions de dix tonnes qui attendaient. On nous dit que ces fournitures allaient bientôt être embarquées sur un bateau en partance pour la Palestine et serviraient à la Haganah." p.339