Amos Oz : La boîte noire

Poche, 1988, 349 pages
mardi 29 décembre 2009
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L’auteur

Né dans une famille d’origine russe et polonaise, Amos Oz change son patronyme en 1954 : Klausner devient Oz, terme hébreu qui signifie ’force, courage’. Diplômé de littérature et de philosophie, il rejoint en 1957 le kibboutz Hulda. Après la guerre des Six Jours, il milite dans le mouvement anti-annexionniste et commence à publier. Pendant la guerre du Yom Kippour, il combat à nouveau. En 1977, il est membre fondateur du mouvement La Paix maintenant, Shalom Arschav, collectif international militant, qui prône le dialogue avec les Palestiniens, et la création d’un État palestinien, même au prix de douloureuses concessions. Mais il avait commencé à répandre ses idées bien avant. A la fin des années 1980, Amos Oz et sa famille s’installent à Arad, dans le désert du Néguev. Signataire des accords de Genève, il intervient régulièrement dans la presse internationale La dernière guerre du Liban en 2006, les dernières évolutions à Gaza, ont mises à mal sa foi utopique en la paix, et désenchanté il prône plus le divorce que la cohabitation. Il lutte encore avec fougue contre toutes les montées de haine. En 2006, il revient dans le milieu du livre avec son roman ’Soudain dans la forêt profonde’.

L’histoire

La "boîte noire", celle qui enregistre les manoeuvre d’un avion, c’est ici un échange de lettres entre Alec et Ilana, reprenant contact après 7 ans d’éloignement et de silence parce que Boaz, leur fils "ne va pas bien". Ancien militaire et intellectuel de renommée internationale, Alec Gidéon vit maintenant aux Etats-Unis. C’est un homme blessé, qui n’a pas su oublier. Ilana, agaçante, passionnée, rêve de le retrouver. Elle a épousé Michel Sommo, pied-noir, partisan du Grand Israël, qui lui voue un amour total, et cherche à extorquer de l’argent à Alec pour son grand projet de rachat de territoires aux Arabes et l’implantation de colonies juives en galilée ... Roman des affrontements, histoire d’amour où la violence, l’érotisme et l’humour servent de révélateurs à un Israël contemporain.

Commentaire d’Anne-Claire

Très beau roman dans lequel la tolérance et l’amour finissent par l’emporter, et qui nous donne à partager les vues de 3 types de Juifs : Alec, athé, émigré aux USA et partisan de la cause arabe, Michel, religieux et tout dévoué à l’édification du Grand Israël, et Boaz, graine de voyou, symbole d’une certaine jeunesse israélienne lasse des guerres et qui veut "prendre du bon temps".

En lien avec notre projet de voyage en Palestine, c’est frappant de voir combien la question de la présence des Palestiniens/Arabes en Israël reste en toile de fond de la vie et des conflits qui animent les familles israéliennes. Le personnage de Michel Slommo est particulièrement intéressant : né à Oran, Algérie, il a émigré en Israël en 1960. Partisant de l’intégrité territoriale du territoire, il prône l’évacuation de la population arabe d’Israël et des territoires occupés par des moyens pacifiques er le biais de dédommagements financiers. Son discours est truffé de citations bibliques et rabbiniques, tous ces actes ne visent qu’à une seule chose : l’édification du pays. Les vues d’Alec Gidéon ne rencontrent pas vraiment les siennes.

NB. Cet ouvrage a reçu le prix Femina étranger en 1988.

Extraits

- (Notaire d’Alec à Alec) : "Vraiment, pourquoi irais-tu donner de l’argent, simplement parce qu’il a jugé bon d’épouser ton ex ? (...) Ou bien alors aurais-tu la prétention (...) d’offrir des indemnités aux communautés juives d’Orient en réparation de la ségrégation raciale qu’elles subissent ?(...) méprisés et foulés aux pieds par vous l’aristocratie russe francisée de la région du nord de Benyamin, (...) Remettre en état les ruines d’Hébron ou transformer les latrines arabes en synagogue ?" p.33

- (idem) "Il (Michel) m’a fait gratitement un sermon passionné (...) sur les droits que nous avions sur ce pays (...), un discours entrelardé de citations bibliques et rabbiniques simplifiées à l’extrême" p.39

- (Michel à Boaz) : "Cesse de m’apprendre ce qu’est un Arabe. J’ai grandi parmi eux et je led connais bien. Peut-être seras-tu surpris si je te dis que, pour moi, un Arabe est fondalementalement respectable et se distingue par nombre de vertus exceptionnelles : dans sa religions se trouvent quelques bons principes issus directement du judaïsme. Mais l’effusion de sang est profondément ancrée dans la tradition islamique". p.153

- (Ilana à Alec) : "Les Juifs se sont construit une terre. Ce n’est pas la bonne - mais ils l’ont construite. De travers - mais ils l’ont construite. Sans Dieu - mais ils l’ont construite." p.211

- (Michel à Boaz) : " même aus Arabes (...) je souhaite de tout coeur qu’ils vivent en paix selonleur foi et leurs coutumes et qu’on les laisse retourner rapidemment dans leur patrie comme nous. La différence, c’est que nous sommes partis de chez eux nus et démunis tandis qu’eux, je suis partisan qu’ils partent de chez nous la tête haute et avec tous leurs biens. (...) et m^me ce qu’ils ont dérobé par la force sur notre terre, je propose de le leur payer en bel et bon argent comptant". p. 250

- (Michel à Alec) : "J’ai entendu parler de vous, ici à Jérusalem, comme d’un fervent partisan des Arabes. Selon vos "conceptions", cette terre est selon toute apparence la terre d’Ismaël que le ciel a promise aux descendants d’Ibrahim (...) et nous les Juifs n’avons strictement rien à y faire. S’il en est ainsi, pourriez-vous au moins me traiter comme un Arabe ? Vous conduire envers moi selon les beaux principes que vous adoptez à leur égard ? " p.280

- (Alec à Michel) : "(...) Ce n’est ni l’égoïsme, ni l’abjection, ni la cruauté de notre nature qui font de nous une ezspèce qui s’autodétruit. c’est notre faute (...) présisément à cause des "nobles aspirations" que nous portons en nous ; C’est la Religion qui en est responsable. Le désir impérieux d’être "sauvé". (...) Nous souffrons d’une dégénérescence avancée de l’instinct vital. De là une pulsion populaire visant à (...° sacrifier notre vie dans l’alégresse. A exterminer les autres dans l’extase au profit de quelque vague fantasmagorie que nous prenons pour la "Terre Promise". Une espèce de mirage qui est considéré comme "supérieur à la vie". pp.310-311